Dossier
 Distribution : Etat des lieux
N°50 janv-fév / 1997 

Quel avenir pour la distribution française ?

Hypermarchés contre petits commerces, le débat a déjà fait couler beaucoup d'encre. Début juillet 1996, de nouvelles lois modifiaient les règles de l'urbanisme commercial et de la concurrence. Commentaires et réactions...

Le 5 juillet dernier, dans le cadre du plan PME, la loi Raffarin réformait la loi de 1973 sur l'urbanisme commercial, dite loi Royer. L'abaissement à 300 m2 (au lieu de 1000 m2) des seuils d'autorisation préalable, l'alourdissement des sanctions pour le dépassement de surface autorisée ou implantations sauvages, ainsi que l'élaboration d'un rapport sur la mise en place et le contenu prévisionnel de "schémas de développement commerciaux" avant le 31 décembre 1997 constituent les points forts de cette loi. De l'urbanisme aux problèmes de concurrence, le durcissement des règles du jeu avait été annoncé le 1er juillet par le projet de loi Galland réformant l'ordonnance Balladur (1/12/86), avec notamment le relèvement du seuil de revente à perte, l'instauration d'un préavis minimal avant toute rupture brutale des relations commerciales, et des sanctions pour les prix de vente abusivement bas. Pour comprendre les enjeux de la nouvelle réglementation, Dynamique Commerciale a rencontré Jean-Pierre Raffarin, ministre des PME, du Commerce et de l'Artisanat, Jérôme Bédier, président de la FCD, et Jean-Pierre Lehmann, coprésident de la FNCV.

Politique du commerce : "Garantir l'expansion de toutes les entreprises"

D. C. : Destiné à lutter contre les "maxidiscounters", l'abaissement du seuil d'autorisation préalable à 300 m2 vise-t-il aussi à endiguer le développement des grandes surfaces ?
Jean-Pierre Raffarin :
Le territoire a atteint un seuil de saturation en ce qui concerne le nombre de grandes surfaces, il était urgent de rééquilibrer les relations commerciales en faveur des PME, des commerçants et des artisans. Il fallait se donner les moyens de "garantir l'expansion de toutes les formes d'entreprise" et "d'éviter la croissance désordonnée de nouvelles formes de distribution", objectifs figurant dans la loi depuis 1973. D'où notre volonté d'abaisser le seuil à 300 m2 qui ne touche pas l'hypermarché. En revanche, d'autres dispositions de la loi rendent l'examen des projets en Commission Départementale d'Équipement Commercial plus strict, plus précis. L'impact des projets sur l'emploi, l'environnement sera ainsi mieux analysé.

D. C. : Quels sont, selon vous, les rôles respectifs des différents types de commerces au sein du tissu commercial ?
J.-P. R. :
Ils peuvent être complémentaires en termes de produits, de services annexes, de localisation. S'ils se situent sur un même segment de marché, ils animent de toute façon une concurrence que nous souhaitons bénéfique. Mon ministère met en place des opérations pour favoriser le développement du commerce de centre-ville afin d'animer la vie urbaine et rurale. L'opération "Mille villages de France" connaît à ce titre des résultats exceptionnels, puisqu'elle est un bon moyen pour garantir à la population locale le maintien d'un commerce à vocation "multiservice", souvent considéré comme un rempart contre la désertification des villages.

D. C. : L'article 4 de la Loi du 6 juillet 1996 mentionne l'étude de la mise en place de "schémas de développement commercial". Quelle en est la teneur ?
J.-P. R. :
Voici en effet, à terme, une évolution importante de la loi du 5 juillet dernier. Il s'agit d'un moyen de responsabiliser les acteurs locaux du développement et de les amener à traiter de l'équipement commercial de façon prospective et non pas au "coup par coup" en fonction de projets qui sont présentés. Quant à la teneur des schémas de développement, le gouvernement a annoncé la présentation d'un rapport au Parlement pour fin 1997, et je définis actuellement un cahier des charges pour lancer une série d'expérimentations au début de l'année dans une vingtaine d'agglomérations.

D. C. : Comment voyez-vous le tissu commercial de demain ?
J.-P. R. :
Je pense qu'au lendemain d'une période de grand développement quantitatif, l'équipement commercial dans les prochaines années se développera da- vantage autour de notions qualitatives : l'accueil, les services, la monétique et les techniques de commercialisation. Je souhaite que les PME, le commerce et l'artisanat soient à la pointe de ces initiatives pour se placer ainsi comme les piliers de la bataille pour l'emploi que nous avons engagée.

Magasins de proximité : "Rendre les commerces plus attractifs"

Créée le 1er juin 1995, la FCD rassemble plus de 14 000 hypermarchés, supermarchés, magasins de proximité et maxidiscomptes. Son président, Jérôme Bédier, répond à nos questions.

Dynamique Commerciale : Comment réagit la FCD à la loi Raffarin ?
Jérôme Bédier :
Renforcer la loi Royer, qui est une loi anti-aménagement du territoire, ne va pas dans le bon sens. Il y a des problèmes d'urbanisme commercial en France, parce que l'on ne pose pas le problème en termes de complémentarité, de synergie entre les différentes formes de commerce. Une fois encore, on oppose les formes de commerce entre elles plutôt que les inviter à travailler ensemble.

D. C. : Quel bilan tirez-vous de la période de gel qui s'est achevée le 14 octobre dernier ?
J. B. :
Geler l'activité économique n'a jamais apporté de solution ! Ces derniers mois, nous sommes passés de gel en gel pour, aujourd'hui, aboutir à une mise en place extrêmement lente du nouveau dispositif. Chaque forme de distribution – y compris les hard-discounters – correspond à un besoin de la part du consommateur. Laissons-le décider lui-même plutôt que de vouloir étouffer telle ou telle forme de distribution !

D. C. : Certains petits commerçants ont été rassurés par toutes ces mesures...
J. B. :
Cette loi a été parfois perçue à tort comme une loi anti-hyper, mais elle concerne l'ensemble du commerce, y compris les commerces de centres-villes de plus de 300 m2. Nous représentons des enseignes telles que Codec, Champion ou Coccinelle, et souhaitons des mesures positives pour le centre-ville. Pour rendre les commerces de ville plus attractifs, tous doivent faire un effort : les élus, renoncer à l'apport des taxes ; les commerçants, assouplir leur mode de fonctionnement... La loi Raffarin n'a pas permis de créer une dynamique forte dans ce sens.

D. C. : Que pensez-vous du durcissement des règles du contrat commercial imposé par la loi Galland ?
J. B. :
Il y a des sujets, comme le référencement, où une rationalisation semblait effectivement utile. En revanche, la hausse du seuil de revente à perte est une arme considérable donnée aux grands groupes multinationaux pour imposer un prix de vente homogénéisé de leurs produits dans l'ensemble des circuits de distribution. Cela a déjà des conséquences négatives pour les PME, qui n'ont pas la même ca-pacité à consentir des conditions commerciales particulières.

Centre-ville : "Il faut réinventer la ville"

En 1993, Jean-Pierre Lehmann, commerçant à Nancy, créait avec Pierre Lepage la Fédération nationale des centres-villes. Aujourd'hui, la FNCV regroupe sous sa bannière les plus grandes villes de France. Objectif : redonner vie aux centres-villes.

D. C. : Les dispositions de la loi Raffarin vous donnent-elles satisfaction ?
Jean-Pierre Lehmann :
En partie, oui. Il était urgent d'arrêter le développement pléthorique des grandes surfaces, cette loi a eu le mérite de stopper la prolifération des mètres carrés en périphéries. Elle permet également un nécessaire état des lieux de notre urbanisme commercial et envisage des solutions, comme la mise en place de "schémas directeurs" en 1998. Seul bémol, l'abaissement du seuil d'autorisation préalable à 300m2, qui complique encore la démarche d'installation en centre-ville...

D. C. : Souhaitez-vous la disparition des zones commerciales périphériques ?
J.-P. L. :
Bien sûr que non, d'ailleurs ce n'est pas le souhait des consommateurs ! Notre combat n'est pas contre la grande distribution, sauf si elle devient trop agressive, mais pour la préservation de la vie, donc du commerce, dans nos villes. L'équilibre petits commerces/grandes surfaces devrait se faire naturellement, mais, hélas, les consommateurs n'ont plus le choix face à la désertification de certains centres-villes !

D. C. : Que répondez-vous à l'argument : "les hypers, c'est moins cher" ?
J.-P. L. :
Il n'est pas éternel, le commerce de centre-ville devient compétitif en se regroupant sous diverses formes (partenariat, succursalisme, franchise). De plus, les commerces de villes jouent un rôle essentiel de convivialité et d'animation sociale. Attention, nous défendons un commerce varié, moderne, qui sait s'adapter ! Il faut casser l'image du petit commerce forcément poujadiste et ringard !

D. C. : Quelles sont vos priorités pour faire revivre le cœur des villes ?
J.-P. L. :
Un ensemble de mesures doit être pris ; il faut notamment résoudre le problème essentiel de l'accès, du transport et du stationnement en proposant des moyens de substitution à la voiture. La sécurité et l'entretien sont également cruciaux. Aujourd'hui, les villes ne sont plus adaptées, et les municipalités n'ont plus les moyens de tout gérer. Il faudra un jour ou l'autre déléguer certains secteurs au privé...

D. C. : Quels sont les projets de la FNCV ?
J.-P. L. :
Apporter des solutions aux dossiers techniques sur lesquels nous travaillons. Les problèmes liés à la ville sont mondiaux, de Philadelphie à Koweit City, chacun les vit. Notre jeune Fédération européenne est pour nous un bon creuset d'expériences. Notre mission est de taille : il faut réinventer la ville !

Introduction
Se spécialiser pour mieux régner
Hard-discount : plus de 20% des supermarchés héxagonaux
VPC : cibler au plus près
Franchisés : la force des réseaux
L'offensive des grands magasins
La franchise passe du commerce aux services


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