Le service ?
Un état d'esprit dont dépend le succès !
Les consommateurs sont des "zappeurs", se plaint le commerce... Pas
si sûr ! Une stratégie de reconquête par le service pourrait bien
renverser la tendance. Une arme séduisante face à la banalisation
de l'offre produits.
Offrez à vos
clients au moins un service qu'ils ne trouvent nulle part ailleurs,
"l'indifférence est mortelle", "les petits détails font les grandes
différences"...
Ces quelques citations extraites de l'ouvrage de Byrd Baggett, "Satisfaction
garantie", reflètent autant les attentes des consommateurs que les
inquiétudes des distributeurs.
À force de jouer au gigantisme, les surfaces de vente sont devenues
des lieux anonymes, sans âme, ni personnalité.
Or, si l'on a peine à faire des infidélités à un commerçant de proximité
qui vous appelle par votre nom, vous parle de la pluie et du beau
temps et offre un bonbon aux enfants, on n'a en revanche aucun scrupule
à changer d'hyper...
Normal ! puisque la relation enseigne-consommateur n'a rien d'affectif
et se réduit à un échange purement mercantile, argent contre produits...
La preuve ? Lorsque Christophe Chain, directeur du marketing du
Panel de gestion (Nielsen), demande à des consommateurs quelles
enseignes ils fréquentent, les réponses sont plutôt déstabilisantes
: "Celles qui sont à côté de chez moi", "j'ai l'habitude d'aller
dans un supermarché, mais je ne sais plus son nom. Je crois que
c'est Auchan ..."
Selon le groupe de publicité McCann Erikson, cette absence de reconnaissance
d'enseigne serait aussi liée, en France, à une communication des
distributeurs trop axée sur des "coups" : Olymprix, 15 jours Auchan...
des offensives ponctuelles fondées sur les prix qui ne rapportent
pas de clients fidèles.
Les Américains à l'inverse, que ce soit Kroger ou Wal-Mart, communiquent
sur l' "every day low price" (prix bas toute l'année) et pratiquent
depuis longtemps "l'esprit de service". Une attente clairement identifiée
par l'Observateur Cetelem 1997, qui analyse sous forme de sondage
les critères de fréquentation d'un magasin.Pour 83 % des personnes
interrogées, "l'état d'esprit de service est essentiel".
Une exigence en hausse de 6 points par rapport à 1995, qui surpasse
"la clarté de l'offre produits" (80 %), "la proximité géographique"
(77 %), "l'ambiance agréable du magasin" (70 %), "les promotions
et les soldes" (64 %)...
Le service
au quotidien fidélise plus qu'un coup
Déjà en 1986, dans leur livre Service compris, Philippe Bloch et
Ralph Hababou donnaient l'alerte : "Les clients heureux font les
entreprises gagnantes..." Onze ans plus tard, l'ouvrage n'a pas pris
une ride.
Pour Philippe Bloch, "en matière de service, il y a toujours deux
sortes d'entreprises, celles qui disent, et celles qui font. En
France, la première est toujours mieux représentée que la seconde.
En revanche, ce qui a changé, c'est la perception du concept de
service. D'où l'utilisation, depuis quatre ans, de l'expression
capital-client." Le ton est donné : le client est une valeur. Comment
l'attirer, le séduire et le fidéliser ? Le marketing de masse est
une recette dépassée. Aujourd'hui il faut pratiquer un marketing
individualisé et relationnel. Selon Laurent Bensoussan, le créateur
de Fidél'i.d, agence de conseil en marketing direct, il faut "parler
au client et l'amener à acheter tout seul".
Le client,
une valeur à part entière
"Il s'agit d'aborder ses clients ou prospects non pas comme un peuple
sans vi-sage, mais com-me des individus avec lesquels on échange..."
(l'Observateur Cetelem 1997). Un objectif sur lequel certains fabricants
ont déjà une longueur d'avance.
Grâce à son accord avec Disney, Nestlé a enrichi sa banque de données
de centaines de milliers d'adresses d'enfants répondant aux jeux
figurant sur les Smarties, Mini Lion... Même stratégie chez Danone,
qui peut désormais envoyer son magazine Danoé à deux millions de
foyers. Côté distribution, "cette dynamique de l'écoute" fait école.
Une démarche qui va de pair avec le lancement de cartes de fidélité.
Un outil auquel réfléchissent plusieurs enseignes.
Autre façon de fidéliser : améliorer le confort du client. Les idées
ne manquent pas : garderie pour chien, lavage de voitures sur les
parkings des centres commerciaux, cabines d'essayage avec téléphone...
et des vendeurs souriants et compétents. Seul frein : le coût. Guerre
des prix, baisse des marges et montée en puissance de "l'esprit
de service" sont-elles compatibles ? Les enseignes devront faire
un choix.
Florence
Elman |