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Comment le commerce va-t-il passer à l'euro
?
Au-delà
des inquiétudes et des bouleversements logistiques qu'il génère,
le passage à la monnaie unique n'est-il pas une chance économique
pour le commerce ? Une formidable source de compétitivité ?
Aujourd'hui,
à quatre mois de la première échéance, l'euro inquiète. Les sociologues
vont jusqu'à parler "d'euro-anxiété". Et ce malaise, confirmé par
de nombreux sondages, alerte à juste titre le commerce. Les états-majors
des grandes enseignes cherchent des parades pour ne pas subir de
plein fouet ce fameux "big bang" de la monnaie unique, évoqué par
les plus pessimistes. Comment désamorcer cette angoisse ?
Une enquête de la Sofres sur "Les Français et l'euro" pour le compte
du ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie révèle,
en effet, que "82 % d'entre eux pensent rencontrer des difficultés"
au moment du passage à l'euro.
Plus
de méfiance de la part des femmes...
Les femmes, plus que les hommes, bouderaient massivement l'euro.
Une étude Abbey National/Ipsos démontre que les Européennes sont
encore très frileuses face à la nouvelle monnaie.
Ainsi, 42 % des Françaises, 26 % des Anglaises, 24 % des Allemandes,
39 % des Espagnoles et 55 % des Italiennes seulement sont favorables
à cette mutation. Pourquoi de telles réticences ? Réponse avancée
: ce sont les femmes en majorité qui font les courses. Elles craignent
de "se faire avoir", "de faire des erreurs de conversion", "d'avoir
des difficultés à estimer les prix".
D'où la nécessité pour le commerce de mettre en place une communication
à cible féminine s'il ne veut pas, comme le prédit le cabinet conseil
Lotus Développement, que "le temps de prise de décision d'achat
soit multiplié par cinq".
A moyen
terme, la promesse économique
Le citoyen-consommateur n'est pas le seul à être victime de cette
"euro-anxiété"...
Les entreprises, les banques aussi redoutent ces deux dates clefs
que représentent le 1er janvier 1999 et le 1er janvier 2002. Le
tourbillon de contraintes financières, techniques, informatiques...
de "l'avant-euro" leur ferait-il oublier l'essentiel ? Cette formidable
chance économique que la monnaie unique promet d'engendrer.
"La stabilité économique procurée par l'utilisation, à l'échelle
d'un continent, d'une même monnaie sera favorable à la croissance
des économies, à la reprise de la consommation et de l'investissement
et donc à la création d'emplois", peut-on lire dans Les Notes Bleues
de Bercy. Concrètement, quelles seront les conséquences de l'euro
?
Pour le consommateur ? Pour l'entreprise ? Premier cadeau de l'euro
: la disparition des coûts de transaction sur les devises (estimés
à 150 milliards de francs pour la zone) et du risque de change.
Les Français vont enfin pouvoir circuler dans la zone euro sans
perdre d'argent. Exemple : un jeune qui ferait aujourd'hui un circuit
dans les quinze pays européens avec 1000 F en poche verrait son
pouvoir d'achat diminuer de moitié à cause des frais de conversion...
Dès le 1er janvier 1999, il conservera la totalité de son pouvoir
d'achat. Une économie également pour les entreprises importatrices.
Vers un "euroshopping"
Autre intérêt de l'euro : la transparence des prix sur l'ensemble
de la zone devrait générer une rapide révision à la baisse sur certains
produits. Une tendance de fond qui s'amplifiera avec la montée de
"l'euroshopping". En effet, grâce à Internet, nous pourrons facilement
faire nos emplettes à Barcelone ou Londres...
A défaut d'un euro-consommateur type, c'est plutôt une euro-consommation
qui émerge.
Troisième avantage : le confort d'une monnaie forte qui laisse présager
en toute logique une baisse des taux d'intérêt et donc un prix du
crédit moins élevé... à terme, un Français, un Allemand et un Espagnol
bénéficieront d'une égalité d'accès au crédit dans une même monnaie.
Côté entreprises, l'optimisme devrait aussi êtrede mise. L'euro
marque, notamment, la fin des dévaluations compétitives entre les
monnaies nationales de la zone.
Dévaluations qui pénalisent, aujourd'hui, la croissance de quelque
0,5 % par an, selon les sources ministérielles. |