Pour satisfaire des
consommateurs de plus en plus exigeants, et faire face à la
concurrence, les enseignes doivent mettre en place des services
visant à faciliter l’achat.
Virginie Parisot, directrice générale du cabinet
de conseil en stratégie des marques Des
Faits Des Actes,
décrypte et analyse cette nouvelle tendance.
Comment
définiriez-vous la notion de services
? Virginie Parisot : Je ne parlerais pas de
service, mais plutôt de considération. C’est
une notion plus large, qui correspond davantage à un
comportement global d’écoute avant, pendant et
après l’achat. Internet a bousculé beaucoup
de choses : les consommateurs y font leurs achats rapidement
et facilement. La Toile concurrence donc aujourd’hui
les enseignes, qui doivent réagir en proposant notamment
un contact direct et physique avec leur clientèle (qu’il
n’y a pas avec le Web), des services pertinents. Elles
ne peuvent plus se contenter du service après-vente.
Sur
quel aspect doivent se concentrer les enseignes ?
Elles doivent se mettre à la place du consommateur ! Nous
avons réalisé une enquête auprès de
1 000 personnes qui montre que les consommateurs sont plus exigeants,
plus pragmatiques qu’avant. Ils se sentent parfois incompris
par les enseignes. En revanche, ils sont capables de faire un
détour ou de payer plus cher une marque qui les considère.
Quelles
sont exactement les attentes des consommateurs ?
Notre étude a révélé que le confort
d’achat était le premier critère attendu.
Un point de vente agréable, facile d’accès,
où l’on se repère facilement. Ensuite, les
produits doivent simplifier la vie. Chez Apple, par exemple,
les notices font seulement deux pages, et leurs produits sont
intuitifs et intelligents. Enfin, ce qui compte, c’est
que l’enseigne propose des nouveautés, et qu’il
y ait plusieurs niveaux de prix.
Les distributeurs ont-ils
généralement
acquis cette capacité de service ?
Certaines enseignes s’adaptent très bien aux besoins
des consommateurs, notamment Sephora, qui propose des produits
en exclusivité et des services innovants et pratiques,
comme un bar à sourcils* par exemple. Mais beaucoup d’enseignes
en sont encore aux balbutiements. C’est pourquoi nous aidons
au quotidien les marques, en les repositionnant et en travaillant
la lisibilité de leur offre, à savoir ce que nous
appelons la Smile Attitude®.
Qu’est-ce que la
Smile Attitude® ?
Un accueil avec le sourire, des conseils, une offre lisible,
des produits malins, des services adaptés au public
(libre-service, innovations…) ; en un mot, des avantages
qui donneront envie aux clients de revenir.
Quels conseils
donnez-vous aux enseignes ?
Nous travaillons sur l’évolution des attentes des
clients pour aider les enseignes à s’adapter.
Nous étudions en parallèle leurs points faibles
et leurs points forts après une série d’entretiens
avec les dirigeants et en nous rendant dans les usines ou les
points de vente. Nous aidons les enseignes à être
plus visibles, à rendre plus lisibles leur valeur ajoutée
et à simplifier leur offre. C’est ce que nous avons
fait pour le chocolatier Jeff
de Bruges, dont les boutiques ressemblaient
plus à un magasin de souvenirs tant il y avait de signes
différents ! Nous avons modernisé les codes, clarifié l’offre,
redéfini notamment le packaging des tablettes de chocolat,
simplifié la décoration des magasins pour que les
gens y viennent en toute occasion, et pas seulement pour Noël
ou Pâques.
Prenez-vous en compte l’historique
de l’enseigne ?
Tout à fait. l’histoire fait partie de l’ADN
et de la spécificité de la Marque et en creusant,
on y trouve toujours des bénéfices consommateurs à mettre
en avant. Les consommateurs doivent s’identifier à l’histoire
de l’enseigne. Lorsque nous avons refait les boutiques
Petit Bateau, nous avons voulu jouer sur l’expertise textile
de l’enseigne en mettant en valeur le fil de coton, synonyme
du savoir-faire de la marque. La décoration rappelle l’univers
d’une maison, avec des espaces pour les enfants mais aussi
pour les plus grands. Les clients doivent s’y sentir comme
chez eux, comprendre tout de suite le produit qu’ils achètent.
Certaines
valeurs sont-elles incontournables ?
Oui, les consommateurs sont sensibles aux valeurs familiales, à un
retour à des choses plus justes, plus vraies. La force
d’une enseigne comme Ikéa, c’est qu’elle
ne triche pas : elle montre ce qu’elle a voulu dire.
La famille est mise en valeur à travers les jeux pour
les enfants et le restaurant ; on sait qu’on est dans
un magasin suédois puisqu’on peut acheter des produits
du pays ; enfin, l’économie revendiquée
est symbolisée par le demi-crayon qu’on trouve à l’entrée.
C’est une enseigne très « Smile Attitude® » !
Quelles
sont, selon vous, les enseignes anti « Smile
Attitude® » ?
Les opérateurs téléphoniques en général.
Les tarifs sont attractifs, mais le service est minimum, voire
inexistant. Il est difficile d’avoir quelqu’un au
téléphone en cas d’incident technique. Lors
de notre enquête, nous avons d’ailleurs constaté que
le prix n’était pas un critère d’achat.
Pourvu que le service soit présent et que l’enseigne
ne les trompe pas, les personnes interrogées sont prêtes à dépenser
(presque) sans compter !
*Dans certains magasins Sephora, un
stand est tenu par une esthéticienne
qui apporte soins et conseils spécifiques sur les sourcils.
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