En quatre ans, Alter Mundi a développé un concept 100 % commerce équitable et éthique. Aujourd’hui, l’enseigne s’ouvre à la franchise.
Décoration, mobilier, textile, alimentation… Alter Mundi a décliné son offre de produits issus du commerce équitable à tous les domaines de la vie quotidienne. Aujourd’hui, l’enseigne renforce son concept en s’ouvrant à la franchise. Nicolas Messio, gérant des magasins Alter Mundi.
Alter Mundi commercialise des produits issus du commerce équitable. Comment est né ce projet ?
Nicolas Messio : Alter Mundi fait partie à 100 % du groupe Alterna Développement, dont l’objectif est de réinsérer, via une activité économique, des individus en marginalisation sociale.
Au départ, nous avons travaillé dans le secteur de la restauration, puis, depuis fin 2003, dans celui du commerce équitable. C’est un vrai challenge que de proposer une autre façon de faire du commerce. Nous avons des règles d’ordre éthique sans toutefois se sentir investis d’une mission et je pense que c’est primordial… Il ne faut pas compter sur l’acte militant des clients mais l’achat responsable est en vogue : les gens se disent : “Je peux et je veux agir pour privilégier certains modèles commerciaux.”
Comment êtes-vous organisés ?
Au sein d’Alterna Développement, nous avons créé une
filière import, la
Compagnie du Commerce Équitable-Fairplace, dont
je suis aussi le directeur adjoint. Il s’agit d’une
centrale d’achats et d’une plate-forme logistique de
produits équitables. Elle fournit de nombreux indépendants
dont Alter Mundi en important des produits créés
par des artisans. Depuis 2005, nous travaillons avec la Colombie,
le Honduras, le Burkina Faso, l’Inde et le Salvador.
En ce moment, nous prospectons au Vietnam pour importer des meubles en bambou : c’est important pour nous de développer cet axe Nord-Sud.
Comment entrez-vous en contact avec les artisans ?
Nous sommes très présents sur le terrain. Frédéric Bailly, le directeur général de la CCE, se rend régulièrement sur place pour trouver des partenariats. Nous sommes en contact avec des ONG, qui nous aident dans notre recherche. Puis nous accompagnons les artisans, nous les conseillons sur le design.
Quels sont les impératifs au niveau du design ?
Dès le début, notre volonté était de se positionner sur des produits originaux, de qualité évidemment, et qui s’adaptent aux goûts contemporains. Nous avons aussi l’énorme avantage de proposer aux clients des objets dont nous pouvons leur parler, puisque nous savons d’où ils viennent, par qui ils ont été faits, etc.
Vos produits sont-ils plus chers que ceux d’un magasin « non équitable » ?
A qualité égale, ce n’est pas plus cher que
dans un autre magasin. Tout dépend de ce qu’on attend.
Un t-shirt bio vendu chez nous coûtera 20 €, chez H&M il
sera moins cher mais de qualité moindre, chez Comptoir des
Cotonniers il sera plus cher à qualité égale.
Notre valeur ajoutée c’est notre charte éthique,
la traçabilité de nos produits et le respect du travail
de nos fournisseurs. De plus, nos produits artisanaux sont uniques.
Vous venez d’ouvrir une boutique de mode éthique à Paris.
Pouvez-vous nous en dire plus ?
Nous avons ouvert une boutique de vêtements et d’accessoires, rue de Rivoli. Les textiles sont fabriqués avec du coton bio et moins de matériaux polluants. C’est en écoutant nos clients dans notre première boutique parisienne, dans le 11e arrondissement – spécialisée dans la décoration et le mobilier – que nous avons compris que la mode éthique répondrait à un réel besoin des consommateurs. Et si notre premier magasin est surtout fréquenté par les « bobos », le second, situé sur un axe passant et commercial, accueille plutôt les curieux.
Quelles marques distribuez-vous ?
Les grands noms de la mode éthique : Monsieur Poulet, Les Fées de Bengale, Idéo, etc. Les chaussures Veja rencontrent un énorme succès, beaucoup de clients ne savent même pas qu’elles sont fabriquées avec du coton bio !
Vous venez également de créer un café près de la place de la République à Paris…
Tout à fait, Alter Mundi Café est un restaurant bar où l’on trouve boissons et tapas… issus là encore du commerce équitable. D’ailleurs, près de ce café a ouvert début octobre, une nouvelle boutique franchisée Alter Mundi.
Depuis 2006, Alter Mundi se développe sous forme de franchise, notamment pour s’implanter en province. Quel est le principe ?
Notre concept de franchise est le suivant : il n’y a pas de droit d’entrée, la redevance est limitée à 3 % du chiffre d’affaires, et les porteurs de projet peuvent chercher par eux-mêmes de nouveaux producteurs. La seule obligation : avoir l’âme d’un commerçant. Le commerce équitable demande, comme pour toute autre activité commerciale, le sens de la vente.
Comment cela se passe-t-il ?
Plusieurs personnes regrettaient de ne pas avoir de magasin Alter Mundi dans leur ville et voulaient, elles aussi, participer à notre projet éthique. Elles sont venues nous voir avec leurs propres idées afin de développer notre concept dans leur région. Nous les appelons d’ailleurs des « porteurs de projet ». Nous les accompagnons tout en leur laissant une grande latitude dans la mise en place de leur boutique.
Combien de boutiques franchisées existe-t-il aujourd’hui ?
La boutique phare est celle de Lille. Elle a d’ailleurs gagné le prix innovation des commerçants cette année. Alter Mundi est également présent à Aix, à Bourges, à Rennes, et une boutique a ouvert le 18 septembre à Bordeaux. Nous aimerions ouvrir 5 ou 10 boutiques par an, et en avoir une trentaine en 2010. D’ici là, nous aimerions nous exporter en Angleterre, en Espagne et en Belgique.
D’autres projets ?
Se tourner vers le tourisme solidaire, en créant des éco lodges haut de gamme. Nous préserverions l’écosystème, sans abattre d’arbres par exemple, et en privilégiant là encore la réinsertion. Et œuvrer pour que le commerce équitable devienne bientôt incontournable !
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