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N° 114 Mars / Avril / Mai 2008
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"Qui sont les ados d'aujourd'hui ?"
- Cuisinella change de look
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- La distribution s’engage
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- L’Atelier enrichit son dispositif de veille
- 3 questions à... Antoine Sire
- 12-20 ans, la génération consommation
- 1 - Suzanne Goirand : "Les frontières entre les générations s'estompent"
- 2 - Une cible qui pèse 3 milliards d’euros
- 3 - Une génération "techno" soucieuse de son look
- 4 - Le jean, leur seconde peau
- 5 - Les clés du succès des enseignes cultes des 15-25 ans
- 6 - Les recettes gagnantes pour parler aux jeunes
- Matelsom, le roi de la literie en ligne mise sur les services
- Cinna, créateur de styles de vie
- Loisirs & Création, le paradis des amateurs du fait-main
- La vie en communauté révolutionnée
- La bicyclette passe la seconde

"Les frontières entre les générations s'estompent"

Suzanne Goirand,
directrice générale de Classes junior

À l’heure où la valeur « jeunesse » est portée aux nues, les adolescents n’en restent pas moins livrés à eux-mêmes. Suzanne Goirand, directrice générale de Classes junior, cabinet de conseil spécialisé sur les familles, analyse le phénomène dans ses dimensions psychologique, sociologique et marketing.

Qu’est-ce qui caractérise les adolescents actuels ?
Suzanne Goirand :
Ils veulent inventer une nouvelle vie et changer le monde des quadragénaires, leurs parents. « La maison, c’est l’enfer, l’extérieur, c’est le paradis » : telle est leur devise. Ce n’est pas nouveau ! Mais cette remise en question est désormais très mal acceptée par les adultes, qui se sentent menacés, y compris professionnellement. Par conséquent, on laisse peu d’espace aux adolescents pour expérimenter, tâtonner. En outre, la disponibilité éducative des parents est bien moindre. Souvent, les deux membres du couple travaillent ; les mères jonglent entre de multiples rôles. Les trajectoires sentimentales des adultes sont aussi plus heurtées, avec l’accroissement du nombre de divorces, la formation de familles recomposées, le fractionnement des activités familiales : le temps parental s’en trouve réduit d’autant. Il y a 20 ans, les jeunes étaient beaucoup plus entourés qu’ils ne le sont maintenant. Les temps sont durs pour les adolescents d’aujourd’hui !

Pourtant, ils sont le phare de la société moderne…
Oui, c’est le paradoxe. Le monde laisse peu de place aux jeunes mais veut rester jeune. Les frontières entre les générations s’estompent : les adultes s’habillent décontractés, même au travail. Les mères mettent les mêmes tenues de leurs filles adolescentes, comme l’illustrent les campagnes publicitaires du Comptoir des Cotonniers. Cet impératif de jeunesse aboutit à un renversement des valeurs : c’est l’adolescent qui « éduque » ses parents en leur expliquant ce qui est « in », ce qu’il faut consommer. Il devient également « le technicien » de la maison, celui qui jongle avec aisance entre le lecteur de DVD et l’ordinateur. Lorsqu’un enfant commence à dire à ses parents « Laissez-moi faire, je m’en occupe », c’est le signe qu’il rentre dans l’adolescence… et cela arrive de plus en plus tôt. Les revendications adolescentes gagnent en force : non seulement ils parviennent à imposer les marques qu’ils souhaitent porter – par exemple les collégiens refuseront tout sac à dos qui n’est pas griffé « East Pack » - mais ils ont la main, directement ou indirectement, sur une grande part de la consommation de leurs parents.

Dans quel univers évoluent ces jeunes ?
Dès leur plus jeune âge, ils ont baigné dans un monde ludique d’images par le biais de la télévision et des jeux vidéos. Ils ont besoin de s’identifier à des héros qu’ils admirent, imaginaires ou non, aiment qu’on leur raconte des histoires et sont sensibles aux bonnes mises en scène. Pour les fidéliser, il faut les séduire, les émerveiller, pas forcément en y mettant de gros moyens ou en montrant des choses spectaculaires : il suffit de constater le succès de certaines campagnes en ligne, peu coûteuses et uniquement relayées par le buzz ! Nés avec Internet, les adolescents n’ont aucune appréhension face aux nouvelles technologies. 80 % des 11-17 ans ont un accès régulier au Web et plus de 60 % d’entre eux s’y connectent tous les jours.

Où trouver les ados ?
Derrière l’écran, surtout s’il s’agit des garçons ! Les filles sont plus hardies et sortent davantage, elles aiment se promener en petits groupes, déambuler dans les centres commerciaux, faire du shopping entre amies.

Comment les distributeurs accueillent-ils les adolescents ?
Les enseignes généralistes doivent encore affiner leur travail sur cette cible, qui me semble paradoxalement encore très négligée. Ainsi, l’offre pour les adolescents est inexistante dans les hypermarchés alors qu’ils sont passés maîtres dans l’art de capter les jeunes familles à la naissance d’un bébé, en leur proposant des produits adaptés. Mais au-delà de 12-13 ans, ils « oublient » leurs jeunes clients. Même constat pour les grands magasins, à la notable exception de Lafayette V.O. Le Printemps, par exemple, a choisi un positionnement luxe mais n’approfondit pas sa clientèle par tranches d’âge. Certains poids lourds de la mode, comme Zara et H&M, ne tiennent pas compte des critères d’âge dans leur offre. Si Virgin sait un peu mieux attirer les jeunes en organisant des concerts à leur intention, en revanche la Fnac, avec ses rayons jeunesse, mêle enfants et adolescents dans une même catégorie – et ces derniers n’apprécient guère la confusion. Dans le secteur de la parfumerie, Séphora et Marionnaud ne prêtent pas assez d’attention aux jeunes filles de 12-13 ans qui cherchent à s’initier à la beauté, au maquillage. Elles tâtonnent, manquent d’informations, de repères : c’est une clientèle très facile à capter à condition de travailler leur accueil. A une époque, Yves Rocher montrait une réelle ouverture à ces jeunes consommatrices, par le biais de petits cadeaux. Cette volonté de la VPC d’aller chercher tous les clients, les « petits » comme les « gros », ne se retrouve pas dans la distribution traditionnelle. C’est dommage : de nombreuses adolescentes se trouvent livrées d’aujourd’hui à elles-mêmes, tant pour la coloration des cheveux que pour le traitement de leur peau, car leurs mères n’ont plus toujours le temps d’assurer ce type de transmission. Ces jeunes filles deviendront des clientes assidues et fidèles des enseignes qui sauront les guider !
Propos recueillis par Marianne Gérard
Suzanne Goirand : "Les frontières entre les générations s'estompent"
Une cible qui pèse 3 milliards d’euros
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Le jean, leur seconde peau
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Photo : F. Marigaux
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