La part du canal
Internet dans les ventes totales pourrait passer de 3 à 30 %
en dix ans. Une croissance fulgurante qui a de quoi inquiéter
les canaux de distribution traditionnels et qui va contribuer à redistribuer
les rôles de chacun. Explications.
Pas de doute : Internet révolutionne les comportements
d’achats.
En 2007, 72 % du chiffre d’affaires de la vente à distance en France
(16 milliards d’euros) provient du e-commerce, soit une progression de
7 points par rapport à 2006.
Parallèlement, les sites des grands distributeurs généralistes
(FNAC, Ooshop) atteignent enfin la rentabilité. Aux États-Unis,
le marché du commerce en ligne – 127 milliards de dollars en 2007 – reste
le principal vecteur de croissance des distributeurs américains.
À l’horizon 2016, le commerce électronique pourrait ainsi
représenter jusqu’à 30 % du commerce total.
E-commerce : un concurrent pour les magasins ?
L’apparition de ce nouveau canal a provoqué des
inquiétudes dans les circuits de distribution traditionnels.
Le e-commerce peut être perçu comme un concurrent
des réseaux physiques, et plus particulièrement
des canaux de vente indirecte.
Les mandataires Nouvelles
Frontières estiment ainsi
perdre des ventes au profit du site du groupe. Des conflits
similaires ont opposé des fleuristes franchisés
de Flora Partner et le site de la maison mère lejardindesfleurs.com.
“Cette problématique sera complètement dépassée
d’ici à 5 ans, estime Jérôme Didier, Directeur de
la division Portail et innovation web chez Cosmobay-Vectis, intégrateur
de solutions e-business. Nous entrons dans une phase d’industrialisation
d’Internet. L’utilisation de ce canal va se généraliser
et se banaliser. Pour les enseignes, le web devient une composante du dispositif
global de maillage du parcours client parmi d’autres.”
Pour preuve, Intermarché, qui a entretenu des rapports
houleux avec ses franchisés par le passé, a su
mettre en place, avec eux, un service de vente en ligne national sur
le modèle de Tesco (picking en magasin et livraison
locale après commande sur le site).
Le rôle des magasins s’en trouve transformé,
pour le bénéfice de tous : Internet génère
du chiffre d’affaires supplémentaire, fidélise
les clients et accroît la valeur de la marque enseigne.
Vers une synergie “Click and Mortar”
Bien intégrés, réseau physique et on-line
se complètent et s’alimentent. Le web permet aux
consommateurs de rechercher des informations en ligne et de
comparer les prix.
En 2007, 49 % des internautes ont acheté en magasin
après avoir visité un site et 41 % ont adopté la
démarche inverse. Internet marque des points dans le
commerce des services consommés de manière différée
tandis que les magasins favorisent l’essai des produits
et les achats d’impulsion.
Le e-commerce reste synonyme de gain de temps : il remporte
un succès croissant en fin d’année pour
les achats de Noël car il permet d’éviter
les magasins bondés.
Par ailleurs, le panier moyen des internautes “multicanaux” est
supérieur à celui des internautes “monocanaux”.
Conscients de ces synergies, des pure players tels que Pixmania,
GrosBill, Ldlc.com ou Cdiscount se dotent d’un réseau
de magasins.
“Ils ont besoin d’un ancrage dans le monde physique. Amazon va
devenir un modèle de plus en plus isolé dans les années à venir !”,
analyse Jérôme Didier.
La spécialisation des canaux
Comment articuler efficacement réseaux physiques et
Internet ? Jouer sur les prix est délicat : les ventes
du canal le moins compétitif se trouvent cannibalisées.
La justice a ainsi interdit à Nouvelles Frontières
de pratiquer des tarifs différenciés entre agences
et site. Il est en revanche souhaitable de proposer des configurations
spécifiques à chaque canal, qui rendent toute
comparaison impossible.
Les vépécistes traditionnels (La
Redoute) proposent
ainsi des offres promotionnelles “spéciales web” dont
la durée de vie est plus courte que celle des produits
en catalogues.
Dans le tourisme, la vente aux enchères de billets d’avion
permet de maximiser le taux de remplissage de dernière
minute. Le déstockeur de marques ShowRoom30 réalise
des ventes flash sur son site mais s’appuie sur sa boutique
parisienne pour flairer les tendances.
Dans le cas d’un réseau de distribution indirecte,
cette spécialisation par canal doit s’accompagner
d’une révision du système de rémunération
des mandataires, qui doivent être intéressés
aux ventes réalisées sur le net, puisqu’ils
y contribuent par leurs conseils et leur présence locale.
Extension du territoire produit et de la zone de chalandise
Le merchandising s’avère plus efficace on-line
qu’off-line : le cross-selling peut permettre le développement
d’offres jusque-là inédites pour une enseigne.
L’extension du territoire produit des distributeurs historiques
via Internet est une des grandes tendances actuelles. Tesco
développe son assortiment non alimentaire via le web.
Carrefour a misé sur boostore.com pour vendre ses produits
multimédias ; cette activité vient de migrer
sur www.carrefouronline.fr. “Nous assistons à un
recentrage sur la marque enseigne. Les grands distributeurs
mettent en place, sous leur nom, des portails on-line rassemblant
de vastes univers de consommation ”, souligne Jérôme
Didier. À terme, la distribution on-line devrait se
concentrer sur quelques grands sites e-commerce proposant une
palette de produits et de services quasi illimitée.
Parallèlement, Internet contribue à abolir les
frontières physiques : 42 % des e-commerçants
exportent déjà leurs produits à l’étranger.
Ordinateurs et téléphones mobiles :
vers la convergence
“Dans les prochaines années, les principales innovations en matière
de distribution seront liées aux nouvelles utilisations d’Internet
sur les terminaux mobiles et en domotique”, rappelle Jérôme
Didier.
Pour l’instant, l’ordinateur constitue le principal
vecteur du e-commerce en France, en Europe du Sud et aux États-Unis.
En Europe du Nord et en Asie, c’est le téléphone
portable qui constitue le moteur de l’e-consommation.
Les deux modèles vont sans doute converger.
Des plates-formes pour mobiles (Google
Androïd), comportant
des applications de géolocalisation vont bientôt
permettre à une enseigne d’envoyer des sms promotionnels
aux clients passant à proximité d’un de
ses magasins. Les portables deviendront aussi des moyens de
paiement. Ces nouvelles possibilités vont représenter
une formidable opportunité pour les distributeurs.
La domotique de demain
La domotique associée à Internet ouvre également
des perspectives inédites à la grande distribution.
Le fabricant coréen Lucky
Goldstar (LG) et l’américain
Electrolux proposent ainsi des réfrigérateurs à écran
tactile, connectés à Internet, capables d’alerter
leurs propriétaires par e-mail ou sms de la nécessité d’un
réassort puis de passer directement commande au magasin
programmé en mémoire.
Science-fiction ? Non : futur proche.
Distributeurs et producteurs travaillent de concert à améliorer
les codes-barres des produits réfrigérés
afin qu’ils puissent “converser” avec ces
appareils électroménagers d’un nouveau
type. |