Parce que les
consommateurs veulent être rassurés sur la sécurité et
la qualité des produits, industriels et distributeurs
fournissent une quantité croissante d’informations
sur les étiquettes. Un défi commercial et logistique,
mais aussi technologique.
Pour 78 % des consommateurs interrogés dans le
cadre du dernier baromètre annuel La
Poste/CSA, “la
clarté et la transparence des informations fournies
au moment de choisir une marque” sont considérées
comme des critères de choix déterminants. L’impact
des produits sur la santé est le point qui les préoccupe
le plus, cette vigilance s’appliquant en premier lieu
aux produits alimentaires : échaudés par les
crises de ces dernières années (maladie de la
vache folle, listéria, dioxine), les consommateurs exigent
une visibilité de plus en plus exhaustive sur le parcours
de ces produits.
Tous les produits sont concernés
“Lorsqu’on parle de sécurité et de santé des
consommateurs, les enjeux de la traçabilité et de l’information-produits
ne se limitent pas à l’agroalimentaire, souligne toutefois Bruno
Walther, consultant marketing-IT et CEO d’OgilvyOne. Le grand public
est aussi de plus en plus regardant sur la dangerosité éventuelle
de produits tels que les meubles, les vêtements ou les jouets.” Le
Parlement européen vient d’adopter une directive qui prévoit
notamment que la visibilité des avertissements apposés sur les
emballages de jouets sera renforcée.
L’étiquetage environnemental
Autre tendance de fond : les consommateurs sont de plus en
plus nombreux à vouloir privilégier les achats éco-responsables,
et donc à souhaiter être informés sur
l’impact environnemental des produits ainsi que sur
leurs conditions sociales de fabrication (travail des enfants,
etc.). Si les industriels et les distributeurs s’inscrivent
activement dans cette tendance, c’est aussi parce
qu’ils doivent s’adapter aux réglementations
nationales et communautaires, qui évoluent dans ce
sens. L’étiquette énergie a été introduite
par l’Union européenne dès 1994 pour
les réfrigérateurs, ce qui s’est d’ailleurs
traduit par une transformation rapide du marché et
par une évolution qualitative de l’offre.
Cet étiquetage a ensuite été étendu à d’autres
appareils électroménagers et, récemment,
aux secteurs du bâtiment et de l’automobile. Surtout,
le Grenelle de l’environnement a prévu qu’à partir
du 1er janvier 2011, l’affichage environnemental deviendra
obligatoire pour les produits de grande consommation distribués
dans les super-marchés et hypermarchés.
Indice carbone
Dans ce contexte, plusieurs enseignes ont d’ores et déjà pris
des initiatives. En juin dernier, Casino a mis en place un
indice carbone calculé à partir des gaz à effet
de serre émis pendant l’ensemble du cycle de vie
du produit. Figurant sur une sélection de produits alimentaires
de la marque Casino pour un volume d’environ 1,5 million
d’unités vendues par an, il sera étendu
progressivement à l’ensemble des 3 000 références
de la marque.
Un mini-site dédié permet aux consommateurs de
s’informer sur la démarche, les partenaires de
l’enseigne disposant d’un outil informatique grâce
auquel ils peuvent calculer automatiquement les indicateurs
sur les emballages, le transport et la distribution de leurs
produits. De son côté, Leclerc a lancé en
avril 2008 une expérimentation d’affichage CO2 des produits alimentaires dans deux magasins du Nord de la
France.
Dans ce cas, et à la différence du dispositif
mis en place par Casino, l’empreinte carbone n’est
pas affichée sur les produits eux-mêmes, mais
en rayon, ainsi que sur le ticket de caisse. Environ 20 000
produits alimentaires, toutes marques confondues, sont concernés.
Une “hyper-information” qui peut toutefois générer
un effet pervers : une trop grande quantité de
données
ne finit-elle pas par nuire à la clarté des messages ?
Selon le dernier baromètre annuel La Poste/CSA, 41 %
des consommateurs considèrent qu’avoir beaucoup
d’informations rend leur choix plus difficile.
Un mini-site pour chaque objet
Toujours est-il que la mise en place de systèmes de
traçabilité et d’information-produits nécessite
de gérer une quantité exponentielle de données.
Pour les distributeurs, les enjeux sont donc également
technologiques. “Ce que nous appelons ‘l’Internet
des objets’ nous semble un concept d’avenir pour
permettre à l’ensemble des acteurs concernés – producteurs
de matières premières, industriels, prestataires
logistiques, distributeurs et consommateurs – d’être à la
fois fournisseurs et utilisateurs de l’information, explique
Pierre Georget, Directeur général de GS1
France* et Président de GS1 Europe.
L’idée est de constituer, pour chaque objet, un
mini-site d’information permettant de stocker et d’actualiser
en permanence toutes les données propres à un
produit.”
À chaque produit son code-barres
Ce concept est lié à l’apparition d’une
nouvelle génération de systèmes d’information
dits EPCIS (Electronic Product Codes Information System), dont
la clé d’accès est un code électronique
unique correspondant à un objet unique. Des systèmes
de ce type sont déjà opérationnels en
BtoB (Metro synchronise ainsi les livraisons des supermarchés)
et ils s’ouvriront bientôt aux consommateurs finaux. “Tel
qu’il évolue actuellement, le téléphone
mobile devrait s’imposer naturellement comme le terminal
de l’Internet des objets”, explique Pierre Georget.
Le principe est simple : il suffira au consommateur de scanner
le code-barres de l’objet avec la caméra de son
téléphone pour consulter toutes sortes d’informations
relatives à cet objet.
“Nous avons mené récemment, avec Casino, une expérimentation
montrant que l’on peut accéder ainsi à l’empreinte
carbone d’un produit. Plus largement, ce système va fournir aux
industriels et aux distributeurs des canaux d’interaction et de dialogue
direct avec les consommateurs, ce qui est toujours intéressant d’un
point de vue marketing”, poursuit-il.
La puce RFID au cœur de l’information-produits
?
Encore plus prospectif, Bruno Walther estime que les systèmes
utilisant les codes-barres et autres pictogrammes ne seront
que des solutions de transition. Selon lui, c’est la
RFID qui, à terme, permettra de répondre le plus
efficacement aux exigences d’éco-transparence
des consommateurs.
“Nous pouvons envisager que, dans un futur plus ou moins proche, la puce
RFID devienne le cœur de l’information-produits”, explique-t-il.
Par exemple, il est totalement concevable qu’en approchant simplement
son téléphone d’un objet, sans saisir ni scanner quoi que
ce soit, le consommateur puisse déclencher le téléchargement
d’une vidéo de présentation ou d’une fiche complète
d’informations sur le produit.
Ainsi, la puce RFID contenue à l’intérieur
du pack pourrait littéralement raconter l’histoire
du produit au consommateur. “Les puces RFID coûtent
encore relativement cher, souligne toutefois Pierre Georget.
On peut donc penser qu’elles resteront réservées à des
produits de valeur unitaire importante. Mais ce qui est sûr,
c’est qu’actuellement toutes les enseignes de la
grande distribution se penchent très attentivement sur
ces questions.”
* Organisme mondial dont le but est d’établir
des standards et des solutions technologiques applicables à toute
la chaîne de distribution,
du producteur au consommateur (codes-barres, EDI, catalogues électroniques,
etc.). |