Né et
développé il y a 10 ans, le Customer Relationship
Management (CRM) voit son efficacité remise en question.
C’est le moment d’imaginer les outils de demain…
Si le CRM devait changer, c’est avant tout parce que
le consommateur lui-même évolue. La tendance :
zapping à tous les étages. Aujourd’hui,
le Français pratique le mélange des genres :
appartenant à une PCS (Profession et catégorie
socio-professionnelle) dite “supérieure”,
par exemple, il peut très bien réaliser des achats
réguliers auprès des discounters.
Pour Odile Joly-Rissoan, maître de conférences à l’Université de
Savoie, “la construction des opinions et des besoins se fait de plus en
plus par l’inter-action entre les membres d’un groupe familial et
par la ‘trajectoire’ socio-professionnelle
d’un individu”. Même les enquêtes de satisfaction pourraient être
remises en question : aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’un
consommateur est satisfait qu’il est reconnaissant ou fidèle à la
marque.
Multicanal, une solution face à la volatilité du
consommateur
Dans ce contexte mouvant, le multicanal devrait plus que jamais
contribuer à renforcer l’attachement à la
marque. “L’envie d’achat est déclenchée
par une marque, mais certains vont chercher sur les blogs et
les forums de l’information sur le produit ainsi que
des éléments comparatifs, pour finalement aller
acheter le produit en magasin, observe Bernard Buono, directeur
général de l’agence Euro RSCG BETC. D’autres
se rendront directement dans le point de vente pour obtenir
des renseignements via les conseillers, mais achèteront
ensuite sur Internet…”
Ces habitudes ne feront que se renforcer dans les années à venir. “En
compilant nos statistiques, nous savons que les meilleures
clientes sont celles qui achètent sur plusieurs canaux :
VPC, magasin, Internet, souligne Catherine Haegel, directrice
des relations clients chez Yves
Rocher. À travers une étude
de data mining, nous avons observé les achats sur 4
ans des clientes d’une même catégorie ‘business’.
Cela nous a permis de vérifier que c’est parce
que les clientes font l’expérience du multicanal
qu’elles achètent plus.” Dans les années à venir,
les distributeurs auront donc tout intérêt à faire
naviguer de plus en plus leurs clients entre leurs différents
canaux de vente. Et à tracer fidèlement l’impact
de ces expériences multiples sur leur panier moyen.
Le point de vente pour maintenir une relation
Pour autant, le “magasin en dur” devrait demeurer
une sorte de “totem”. C’est du moins l’opinion
de David Lachaud, directeur Internet et CRM de Nature & Découvertes. “Nos
magasins font rêver, constate-t-il. De fait, une stratégie
CRM gagnante consistera de plus en plus à réussir à prolonger
cette relation émotionnelle en dehors du point de vente.
Mais il y a encore beaucoup à faire sur le magasin.
Un adhérent, demain, doit pouvoir être reconnu
dès qu’il entre dans le point de vente. Il doit
s’attendre à être traité de façon
particulière, se voir proposer le produit qu'il aime,
sans attendre de passer en caisse pour cela. Sans doute la
technologie de la téléphonie favorisera-t-elle
cette reconnaissance dans le magasin et la personnalisation
de cette relation en face à face. À condition,
bien sûr, de ne pas être intrusif.”
Chasser l’intrusif
Intrusif, le mot est lâché. Car tout consommateur
est bourré de paradoxes. Il souhaite des propositions
commerciales personnalisées, mais en même temps
se montre (légitimement) réfractaire à l’idée
d’être “tracké”, historicisé,
modélisé. Les marques devront donc être à la
fois mieux informées mais moins intrusives.
De l’avis de bien des professionnels du marketing relationnel,
c’est l’enjeu de demain, pour ne pas dire d’aujourd’hui. “Le
client va devenir prescripteur, prédit David Lachaud.
Nos budgets d’investissement se déplaceront vers
l’accompagnement du consommateur après son acte
d’achat. Un client satisfait étant le meilleur
porte-parole pour la marque, le calcul du ROI se basera de
plus en plus sur son niveau de fidélité.”
Réseaux sociaux : l’avenir de la marque
?
Les développements du web figurent au cœur de
cette mutation. Ainsi, les réseaux sociaux de marque
seront sans doute l’avenir des enseignes. “Ce développement
est inéluctable, table David Lachaud. Il nous permettra
d’avoir un retour direct dès lors qu’un
problème est signalé.” Et Christophe Nozuel,
P-dg de Synodiance, agence spécialisée en marketing
interactif relationnel, de renchérir : “Une marque
se construit de plus en plus avec les internautes et n’appartient
plus totalement à la société qui l’exploite.
Les consommateurs surfant de moins en moins sur les sites web
corporate, c’est à la marque elle-même d’exporter
l’un de ses éléments vers l’internaute.
Le widget est l’outil idéal pour cela. À travers
lui, la cible invite la marque à entrer dans son univers.
Demain, les widgets pourront proposer un contenu différent
selon les cibles, avec une granulométrie de plus en
plus fine. Plus le contenu sera précis, plus le réseau
social y verra un intérêt… et plus les
données recueillies seront qualitatives.”
La création de mini-sites et de landing pages spécifiques
devraient, dans les mois et les années qui viennent,
procéder d’une même logique. Idem pour tout
ce qui contribuera à enrichir les dispositifs relationnels
sur le web.
Vers le CRM 2.0 ?
“Le CRM 1.0 intervient sur le territoire de la marque, celui de demain
se fera sur le territoire de l’internaute.” Ces propos de Christophe
Nozuel (Synodiance) corroborent ceux que tient René Lefébure
sur son blog (www.blog-crm.com).
Pour ce dirigeant de Soft Computing (et spécialiste
du data mining), “le CRM 1.0 est mort”. “Centralisateur,
inquisiteur et dominateur par rapport au client”, il
aurait atteint ses limites. René Lefébure se
pose la question de la pérennité du modèle
et propose de le remplacer par le Customer Collaborative Service
(CCS), qui pourra intégrer des espaces de collaboration
client dans les processus de vente. Pour René Lefébure,
c’est en effet dans l’appréhension efficace
des interactions au sein d’une communauté de clients
(toujours les réseaux sociaux de marque…) que
se joue l’avenir. |