Présenté comme
un nouvel eldorado pour les distributeurs, le marché des
services à la personne progresse pourtant timidement.
L’enjeu des années à venir ? Gagner la confiance
des consommateurs.
Trois ans après la mise en place du plan Borloo, le
secteur des services à la personne n’a pas atteint
sa vitesse de croisière.
Le travail au noir représente encore la moitié des prestations
et les succès des nombreux acteurs du marché restent mitigés.
Saisir un besoin grandissant
En cause : la question de la confiance. “Les gens fonctionnent
toujours au bouche-à-oreille, ils ont du mal à confier
leurs clés à un inconnu. Les mentalités évoluent
mais le réflexe prestataire de services n’est
pas encore entré dans le quotidien des Français”,
explique Alain Bosetti, président du Salon des services à la
personne. Cette problématique
reste ainsi le frein de ce marché qui, par ailleurs,
possède de nombreux atouts potentiels : après
le plan Borloo offrant des avantages fiscaux pour les entreprises
du secteur et la création du Chèque emploi service
universel, le gouvernement vient d’annoncer une avance
sur le crédit d’impôt pour les services à la
personne.
Dans le même temps, les évolutions démographiques
et sociales vont dans le sens d’un accroissement de la
demande : la progression de l’espérance de vie,
le vieillissement de la population (la part des plus de 60
ans devrait doubler d’ici à 2015), la féminisation
du travail et l’augmentation de la monoparentalité sont
autant de facteurs qui sonnent l’augmentation des besoins.
Rassurer, une nécessité malgré la
professionnalisation
Autre évolution majeure, le secteur s’est professionnalisé :
des formations ont été créées,
les contrôles qualité se sont généralisés
et le marché s’est restructuré. Les entreprises
de services à la personne comme Shiva.fr, Illico
Travaux,
Acadomia remplacent
les associations. De grands groupes ont créé des
platesformes de renseignements téléphoniques
comme Accor
Services Bien-Être Assistance (groupe Accor
et Europ Assistance), Fourmi
verte (Groupama, MSA et Familles
rurales) ou Domiserve (Axa
et Dexia). Inspirée par les
succès américains, la grande distribution les
a rejoints : Monoprix, Shopi, la Fnac,
Auchan, Carrefour,
Darty proposent des services en tous genres !
“Mais malgré la professionnalisation du marché, les gens
ont toujours besoin d’être rassurés. Nos clients arrivent
par recommandation d’un proche, nos référencements sur
des plates-formes téléphoniques servent très peu”,
constate Pierre Gauthey, fondateur de Petits-fils,
société d’aide à domicile
pour les personnes âgées. Même constat pour les enseignes
qui investissent dans des plates-formes téléphoniques en s’associant à des
prestataires : la rentabilité est difficile à atteindre.
Légitimer sa place sur le marché
De plus, les enseignes de distribution doivent résoudre
l’épineux problème de la crédibilité.
La “proximité” de Monoprix suffit-elle à justifier
son service de ménage à domicile ou de bricolage ?
Les supermarchés Shopi sont-ils crédibles sur
le marché de l’assistance aux personnes âgées
et aux handicapés ? Les consommateurs semblent sceptiques.
En revanche, lorsque la Fnac, qui a créé sa propre
filiale, propose l’installation de l’ordinateur
ou des formations Internet, les clients n’hésitent
plus. “L’assistance informatique à domicile
est un succès car elle est associée à une
expertise produit. L’enseigne est crédible lorsqu’elle
est perçue comme spécialiste”, explique
Alain Bosetti qui conclut : “La distribution peut
tirer son épingle du jeu en proposant des packs avec
le service associé au produit : le coach avec le tapis
de course, les cours de cuisine avec le matériel culinaire…”.
Une extension de service pour des enseignes qui pourraient
ainsi renforcer leur proximité, leurs programmes de
fidélisation et faire gonfler le panier moyen en proposant
des offres globales. |