Innovation, qualité… Désormais,
les marques de distributeurs (MDD) empiètent avec succès
sur les domaines réservés des marques. Comment
ces dernières vont-elles survivre ?
C’est une tendance lourde : les enseignes se positionnent
de plus en plus comme des marques. Pour entériner ce
fait, Interbrand a réalisé en 2008 le premier
classement européen des enseignes de distribution, dont
H&M, Carrefour et IKEA forment
le trio de tête,
suivies par Tesco et Marks
and Spencer. Point commun de ces
cinq distributeurs ? Ils vendent exclusivement leur marque
ou possèdent des MDD très fortes. La majorité des
enseignes de ce classement ont d’ailleurs compris l’intérêt
de développer leurs marques propres : 60 % d’entre
elles en commercialisent et leurs recettes représentent
entre 30 % et 100 % de leur chiffre d’affaires.
Côté consommateurs,
le succès des MDD ne se dément pas.
En France, elles représentent 30 % des ventes des grandes surfaces
et restent en moyenne 25 % moins chères que les marques nationales. Et
elles ne cessent d’étendre leur territoire : élargissement
de leur offre, montée en gamme, lancement de nouveautés, etc.
L’offensive tous azimuts des MDD
Si les MDD ont depuis longtemps gagné la confiance des
clients en démontrant leur capacité à offrir
une qualité équivalente aux marques pour un prix
moins élevé, elles restaient jusque récemment
de brillantes “copies” des marques.
Mais désormais, elles attaquent un des derniers bastions
des marques nationales : l’innovation. Ainsi, 21,2 %
des produits nouveaux lancés entre juillet 2007 et juin
2008 sont de leur fait, contre 7 % il y a 5 ans. Les pâtes à tarte
parfumées (goût provençal, chocolat) de
la MDD Claude Léger (Intermarché)
n’ont
par exemple aucun équivalent en marque nationale. Un
vrai bouleversement !
Autrefois cantonnées aux produits “basiques”,
les MDD prennent maintenant pied sur des niches très
pointues (le terroir, la nutrition infantile, etc.) : cette
extension de leur offre maison permet aux enseignes de se distinguer
de leurs concurrents et de les fidéliser. Comme les
marques, elles jouent la carte de la responsabilité et
s’adaptent aux nouvelles préoccupations des consommateurs.
Soucieux de participer à l’essor du commerce équitable,
Leclerc a
ainsi lancé en novembre 2008 sa propre collection
de textile solidaire fabriqué avec du coton bio du Mali.
Sa Marque Repère doit également se mettre aux
couleurs de l’écologie courant 2009 : l’ensemble
de ses fournisseurs devra se convertir au Contrat de Progrès
pour l’Environnement (74 % d’entre eux y ont
déjà souscrit).
Enfin, les MDD ne sont plus uniquement synonymes de premiers
prix, elles se déclinent désormais sur tous les
segments, y compris le haut de gamme (Monoprix
Gourmet). Paradoxe :
ces MDD fonctionnent comme de véritables “marques”,
attractives en dépit de prix plus élevés
que la moyenne.
La concurrence par le prix...
Mises à mal par la crise actuelle, les marques nationales
viennent à leur tour concurrencer les MDD sur leur propre
terrain : elles baissent leurs prix depuis janvier 2008 pour
retenir des clients dont le pouvoir d’achat est en chute
libre. Une réponse conjoncturelle périlleuse
: les marques risquent ainsi de brouiller leur image fondée
sur la qualité, la responsabilité et la confiance,
corollaires de prix plus élevés. Symétriquement, à trop
investir dans l’innovation et les produits sophistiqués,
les enseignes courent le risque de dépasser la ligne
rouge qui rend leurs MDD attrayantes et bon marché aux
yeux des consommateurs : ceux-ci risquent de finir par les
trouver trop chers ! Cette confusion des genres, si elle devait
durer, desservirait trop les deux parties, les distributeurs
y perdant leurs marges, assurées notamment par le volume
de vente des marques nationales, et les marques leur spécificité.
La guerre des prix ne semble donc pas une solution viable à terme.
... et par l’image
Pour défendre leur position, les marques nationales
restent donc condamnées à innover : ainsi, avec
son nouvel écopack de yaourts à 1 euro, Danone parvient à la fois à réduire ses coûts
de packaging et à surfer sur la vague du développement
durable sans altérer la qualité de ses produits
ni son image de marque. Au contraire, celle-ci devrait en sortir
renforcée puisque cette initiative propose un emballage
moins gourmand en matières premières mais néanmoins
attractif et gratifiant pour l’acheteur.
Bonduelle, dont la production de MDD représente 40 %
de l’activité, continue à défendre
sa marque en lançant de nouveaux produits : ses légumes
vapeur en conserve se trouvent ainsi sur les linéaires
depuis novembre 2008. D’autres marques, refusant de baisser
leurs prix, continuent à investir sur leur image via
des campagnes publicitaires et des opérations marketing.
Il ne faut pas sous-estimer la capacité – financière,
notamment – des marques fortes à se réinventer
pour mieux rebondir. Un challenge futur que les MDD sauront
certainement relever à leur tour ! |