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Le low-cost a la cote !
_ Reconsidérant leur relation à la voiture, les ménages français plébiscitent volontiers les automobiles low-cost. Décryptage.
Au second rang des dépenses après le logement, le poste transport, majoritairement représenté par l’automobile, pèse aujourd’hui très lourd dans le budget des ménages. « Il y a 5 ans, 67 % des Français considéraient que l’achat automobile était un plaisir, explique Flavien Neuvy, responsable de l’Observatoire Cetelem. Aujourd’hui, avec ces hausses successives, les embouteillages, les problèmes de stationnement…, ils ne sont plus que 38 % à le penser. Même si l’automobile reste pour la majorité le premier mode de transport quotidien, elle est devenue une charge lourde à assumer. »
Pour réduire la facture et répondre à leurs besoins de mobilité, les automobilistes n’hésitent plus à arbitrer en faveur des véhicules aux coûts les plus abordables. Le succès des petites citadines en 2009 en témoigne : plus de 50 % du marché total des ventes. Avec les offres de prime à la casse et de bonus écologique, les consommateurs ont privilégié ces petits véhicules, moins polluants, dont le prix était devenu très attractif.
 
La sécurité avant tout
Dans ce contexte, la popularité croissante des modèles low-cost qui remportent auprès des Français 18 % des intentions d’achat. Un phénomène qui laisse deviner un potentiel de croissance plutôt important, d’autant qu’il n’existait pas il y a 10 ans et que l’offre, dominée aujourd’hui par Dacia, est encore extrêmement réduite. « En ces temps de crise, le consommateur ne projette plus autant d’image dans la voiture », poursuit Flavien Neuvy. « Il n’est plus dans la logique du toujours plus, qui caractérisait le modèle automobile de ces dernières années. Il revient à la base, veut pouvoir rajouter des options s’il le souhaite et les payer en toute connaissance de cause. Mais s’il est aujourd’hui prêt à réduire ses exigences en matière de standing et d’équipement pour bénéficier d’une baisse de prix, il ne transige pas en revanche sur la sécurité, la fiabilité et la pollution. » L’écueil que pouvait rencontrer la voiture low-cost à une certaine époque – bas coût donc qualité moindre – est désormais dépassé. Elle bénéficie d’une image plutôt positive auprès des conducteurs, qui se disent même prêts à acquérir des voitures chinoises ou indiennes dès lors qu’elles sauraient satisfaire aux normes de sécurité européennes. La révolution Logan et Sandero est passée par là, contribuant à renforcer la notoriété de ce type de véhicule. Pourtant, au niveau de la profession, personne n’aurait parié au départ sur le succès de ces modèles en France. Les concessionnaires ont été pris à contre-pied par un phénomène qu’ils n’ont pas vu arriver. Ils se retrouvent en porte-à-faux entre des consommateurs prêts à faire le sacrifice de showrooms clinquants et des constructeurs qui les poussent à surinvestir.
 
Les concessionnaires vont devoir reconsidérer la taille et la localisation des showrooms.”
CHRISTOPHE MICHAELI, Directeur des marchés automobile et loisirs de Cetelem

L’émergence de nouveaux services
« Pour répondre à cette demande low-cost, les concessionnaires vont devoir faire pression sur les constructeurs pour que ces derniers leur permettent d’alléger leurs charges immobilières », précise Christophe Michaeli, directeur des marchés automobile et loisirs de Cetelem. « Pour cela, il faudra notamment reconsidérer la taille ou la localisation des showrooms et envisager, par exemple, des points de vente non plus en centre-ville mais en périphérie ou dans des zones industrielles. Côté services, il faudra également offrir un choix aux clients qui ne veulent plus de packages, en leur proposant notamment des aires de lavage où effectuer eux-mêmes la préparation cosmétique de leur véhicule neuf. » Tout reste donc à inventer pour s’adapter à cette clientèle. Si le low-cost est encore une tendance mineure, tout porte à croire qu’il aura plus d’importance lorsque l’offre sera plus dynamique. « La distribution devra alors savoir se saisir de cette opportunité pour élargir son spectre de marché », conclut Christophe Michaeli.

Virginie Lebail

Prime à la casse


La filière du recyclage se réorganise
« 1 500 entreprises de recyclage agréées travaillent soit en direct avec les concessions qui leur fournissent les carcasses des véhicules, soit avec des gestionnaires distributeurs mandatés par les constructeurs automobiles », explique Patrick Poincelet, président des recycleurs français. Les grandes marques de construction automobile ont ainsi structuré un réseau de recyclage en propre, et les concessionnaires sont invités à suivre les filières balisées par leur maison mère. Ensuite, seulement, les entrepreneurs du recyclage leur rachètent les carcasses. « Il y a un intermédiaire de plus sur cette filière, souligne Patrick Poincelet. Sur les 1 500 entreprises de recyclage, 300 travaillent avec les gestionnaires distributeurs. »

Des stocks difficiles à gérer
La prime à la casse bénéficie principalement à ces entreprises : « Elles sont en surchauffe totale, reprend Patrick Poincelet. Les 1 200 entreprises restantes sont moins impactées. Le problème est qu’il est complexe de gérer ce pic exceptionnel d’activité, que l’on estime à près de 250 000 véhicules supplémentaires. C’est moins que les mesures passées du type “balladurette” ou “jupette” qui avaient provoquées un apport de 600 000 véhicules sur le marché, mais suffisant pour perturber notre filière. » Les stocks sont effectivement difficiles à gérer pour les entreprises qui reçoivent en quantité les carcasses. Soit elles disposent d’une surface nécessaire, et peuvent amortir l’effet de masse, soit elles n’ont pas les moyens de parking et doivent écouler au fil de l’eau les véhicules. « Résultat, constate Patrick Poincelet, elles ne traitent plus les carcasses, elles prélèvent seulement les pièces les plus importantes avant destruction finale. Nous ne sommes plus du tout dans le cadre de la réglementation européenne qui demande que 85 % de la masse du véhicule soit recyclée. »

Jean-Patrick Ménard
 
   
EN CHIFFRES
38 %
des Français considèrent l’automobile comme un achat plaisir. Ils étaient 67 % à le penser il y a 5 ans. (Source : l’Observatoire Cetelem de l’automobile)
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