LOI LAGARDE
Le crédit en toute transparence
_ La réforme du crédit à la consommation accroît les obligations des professionnels. Elle leur offre aussi l’opportunité de regagner la confiance de clients qui réclament davantage d’éthique et de transparence.
L’objet principal de la loi Lagarde, dès son élaboration en 2008 ? La protection du consommateur. Avec un accent particulier mis sur le crédit renouvelable, sujet de nombreuses polémiques. Cette préoccupation 100 % française s’est doublée de la nécessité de transposer la Directive européenne sur les contrats de crédits aux consommateurs (janvier 2008) – que chaque pays a adaptée selon ses propres priorités. « Au final, la loi Lagarde repositionne le crédit à la consommation dans sa globalité. Elle couvre tous les sujets, de la nature des produits (crédit renouvelable, amortissable) à l’offre (contrat passé entre le client et le prêteur), en passant par la communication publicitaire ou la gestion des crédits », souligne Pierre Blanc, associé chez Athling, qui a participé à la rédaction du préprojet.

Retour aux fondamentaux
Adoptée en juillet 2010, la loi a été progressivement mise en application : l’encadrement de la publicité et la réduction des procédures de surendettement datent de l’automne dernier, tandis que la réforme du taux d’usure, désormais fonction des montants empruntés, est applicable depuis avril et sera entièrement entrée en vigueur au printemps 2013. La dernière étape, en mai, a un impact majeur sur les acteurs de la Distribution, puisqu’il s’agit de revoir l’intégralité de la loi sur le crédit à la consommation, y compris pour le crédit en magasin. « La loi Lagarde redonne au crédit renouvelable sa vocation première : financer sur des durées courtes des achats de petits montants », résume François Langlois, Directeur des Relations institutionnelles BNP Paribas Personal Finance.

Renouveau de la relation client-vendeur ?

« Les consommateurs ont de plus en plus tendance à se passer des vendeurs : ils sont devenus de véritables experts et n’acceptent pas d’en savoir moins que les forces commerciales en magasin. Ils ont aussi des exigences élevées en matière de transparence, tant pour les produits que pour les services proposés », souligne Flavien Neuvy, Responsable de l’Observatoire Cetelem. « La réforme ne peut que renouer la confiance entre client et vendeur puisque ce dernier a désormais, en matière de crédit, un devoir d’explication et d’information envers le premier », poursuit Pierre Blanc. Un contexte nouveau qui implique une formation ad hoc des équipes en magasin, rendue obligatoire par la loi. « Leur métier consistera de plus en plus à bien informer le client, savoir répondre de manière satisfaisante à ses questions, pour lui permettre d’effectuer le meilleur choix en fonction de son achat et de sa situation », estime François Langlois. Une transformation qui pourrait toucher tous les secteurs : « Avec le relèvement à 75 000 € du montant des crédits entrant dans la loi, la réforme concerne aussi l’automobile. Ses vendeurs pourraient en profiter pour mettre en valeur les avantages de leurs crédits affectés, qui protègent très bien le consommateur. » La loi Lagarde fait également bouger les lignes dans l’immobilier. En effet, ce ne sont plus les montants de crédit, mais l’existence ou non d’un permis de construire qui distingue crédit immobilier et crédit à la consommation. La réforme du crédit à la consommation ouvre de nouveaux horizons dans tous les domaines !
Cartes enseignes

Des cartes plus responsables
_ Les cartes d’enseignes font peau neuve : plus transparentes, moins associées au crédit renouvelable, elles pourraient voir leur cote grimper auprès des consommateurs !


La loi Lagarde ne se limite pas à encadrer le crédit renouvelable : elle modifie aussi le mécanisme des cartes émises en magasin et sur le Web, dissociant clairement leurs fonctions crédit et fidélité. Elles sont en effet accusées d’être, sous couvert d’avantages promotionnels, le « cheval de Troie » du crédit renouvelable, entraînant les consommateurs à y avoir recours sans l’avoir souhaité.

La fin de l’entrée en crédit malgré soi
Depuis le 2 mai dernier, plusieurs mesures contribuent à atténuer ces craintes. À commencer par l’interdiction de proposer des paiements par carte « crédit par défaut » pour les utilisations magasins ou Web marchands. Ainsi, les cartes, dès lors qu’elles comportent des avantages commerciaux ou promotionnels, doivent obligatoirement proposer une fonction paiement au comptant, activée par défaut. La fonction crédit n’est activée que sur demande express du consommateur, lors de son passage en caisse ou à réception de son relevé mensuel, charge au préteur d’apporter la preuve du choix de règlement à crédit en cas de litige ou de contrôle (obligation de traçabilité).

Avantages commerciaux et publicité
En outre, le bénéfice des avantages commerciaux des cartes ne peut plus être conditionné à l’utilisation du crédit. La publicité doit aussi signaler l’existence d’un crédit associé à une carte de fidélité. « Cette évolution conduira sans doute à repenser des programmes de fidélisation, analyse François Langlois, Directeur des Relations institutionnelles BNP Paribas Personal Finance. Ces cartes, aujourd’hui le plus souvent gratuites, pourraient demain avoir un coût d’adhésion. Mais, apportant plus de services, elles seront plus utilisées. » Une bonne nouvelle pour les distributeurs !
en pratique

Vendeurs :
devoir d’explication, mode d’emploi

_ Le pack contractuel comporte trois nouveaux documents obligatoires sur lesquels les vendeurs doivent s’appuyer pour remplir leur devoir d’information. Le nouveau process étape par étape.


1 Remettre la FIPEN au client
La Fiche d’informations précontractuelles européennes normalisées (FIPEN), non nominative et fournie en un exemplaire, donne au client les informations précontractuelles nécessaires pour comprendre les caractéristiques de l’offre de crédit qu’il s’apprête à souscrire, et ainsi appréhender l’étendue de son engagement. Elle fournit :
• l’identité et les coordonnées du prêteur ;
• la description des caractéristiques du crédit : son type, son montant, sa durée, ses échéances ;
• le coût du crédit : taux, frais de dossier, etc. ;
• ses autres aspects juridiques : droit de rétractation, remboursement anticipé…
La FIPEN est le document prouvant que le client a reçu une juste information précontractuelle.

2 Compléter la fiche de renseignements
Elle fait un point budget complet sur les revenus mais également sur les charges de l’emprunteur (salaire, revenus complémentaires, loyers ou crédit immobilier, etc.). Elle intègre aussi des éléments sur sa situation familiale et professionnelle. Les informations mentionnées sur cette fiche imprimée en deux exemplaires font l’objet d’une déclaration sur l’honneur de l’emprunteur. Le vendeur doit mettre l’accent sur l’importance de la véracité des éléments déclarés sur lesquels le client s’engage.

3 Fournir la fiche explicative
Également fournie en deux exemplaires (emprunteur et prêteur), elle contient des éléments d’explication ne figurant pas dans la FIPEN. Elle mentionne notamment la possibilité pour le client d’obtenir une offre alternative en crédit amortissable en cas de proposition d’un crédit renouvelable d’un montant supérieur à 1 000 €. La fiche explicative atteste en outre la remise de la FIPEN à l’emprunteur.

4 Signer le pack contractuel
Après remise des trois documents du pack précontractuel décrits ci-dessus et signature des deux derniers (fiche de renseignements et fiche explicative), le vendeur accompagne le client dans la signature du pack contractuel, dont il explique les différents éléments : contrat, autorisation de prélèvement, assurances. Il lui remet ensuite les exemplaires qui lui sont destinés.

   
questions à...
 
Michel Rapp,
Vice-président de la Fédération française du négoce de l’ameublement et de l’équipement de la maison (FNAEM)
> Se servir du crédit comme d’un outil d’aide à la vente et de réassurance du consommateur
PLUS LOIN AVEC...
 
Karine Rumayor, Chef du service Études juridiques, fiscales et comptables à l’ASF (Association française des sociétés financières)
> L’ACP contrôle l’application de la RCC
ce qu’il faut retenir
14 jours | 3 mois | 3 ans
> Explications...
repères
Option comptant sur la carte
Pour les cartes de paiement adossées à un crédit renouvelable, l’option activée par défaut sera désormais celle du « paiement comptant » et non plus du « paiement à crédit ». Il est également interdit de conditionner les avantages commerciaux à l’utilisation à crédit des cartes de fidélité.
1 000 €
C’est le montant de l’achat à financer à partir duquel le prêteur doit être en mesure de proposer au client une alternative au crédit renouvelable, à savoir une offre alternative de crédit classique amortissable.
Refonte du pack contractuel
Il comporte désormais un pack pré-contractuel composé d’une FIPEN (Fiche d’information précontractuelle européenne normalisée), d’une Fiche de renseignements et d’une Fiche explicative. Les offres contractuelles de crédit existantes, non conformes à partir du 1er mai 2011, sont entièrement réécrites.
Devoir d’explication
Les intermédiaires de crédit ont désormais un devoir d’explication et d’information auprès des clients et doivent y former leurs salariés. Ils sont également dans l’obligation de vérifier leur solvabilité. L’établissement financier partenaire doit consulter le fichier FIC P de manière systématique.
38,7 milliards
de crédits à la consommation ont été distribués en France en 2010 par les sociétés spécialisées, chiffre équivalent à celui de 2000. Fin 2009, les encours totaux représentaient 12,6 % de la consommation des ménages français, contre 16,4 % en moyenne dans l’Union européenne.
25 %
C’est la part du crédit à la consommation dans le chiffre d’affaires de la distribution spécialisée. Ce pourcentage grimpe à 40 % pour la vente par correspondance. Les dépenses liées au crédit à la consommation représentent par ailleurs plus de 7 % du PIB dans l’Union européenne.
Vu ailleurs
Des conditions très restrictives en Italie
« En Italie, en plus de la transposition de la directive européenne, les autorités ont profondément modifié les conditions d’exercice du crédit à la consommation, dans un sens plus restrictif que dans les autres pays », témoigne Laurent David, Directeur Général Findomestic Banca Spa. Ainsi, en avril 2010, la Banque d’Italie a interdit l’offre de cartes de crédit en points de vente ! De son côté, l’ISVAP (organisme de surveillance des assurances) a publié un règlement sur la vente de produits d’assurance en complément de contrats de financement. « Le crédit à la consommation est moins développé en Italie, par rapport à la moyenne européenne. Espérons que ce contexte n’accentuera pas cet écart. » Bruxelles voulait harmoniser les pratiques, mais force est de constater que chaque pays a aussi légiféré en fonction de sa “culture du crédit”, de ses usages, de ses propres objectifs politiques, économiques et sociaux. Cela souligne l’importance du sujet pour tous les pays, pour qui un seul point semble vraiment faire consensus : le crédit doit être responsable.
EN SAVOIR PLUS
À CONSULTER
Le rapport Athling « Pour un développement responsable du crédit renouvelable en France »

Les principales mesures de la loi Lagarde résumées sur le site du ministère de l’Économie et des Finances

Des informations détaillées sur les sites de Cetelem : http://moncreditresponsable.com/
ˆ Haut de page
www.cetelem.comwww.observateur-cetelem.comwww.distribution.cetelem.frwww.cetelem-immo-partenaires.frwww.cetelem-automobile.fr
www.newbbdo.fr