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De
quoi se nourrissent les Français ? Qu’attendent-ils des produits alimentaires
? Réponses avec Saadi Lahlou, auteur de “Penser manger”.
Chercheur associé au Laboratoire de psychologie sociale de l’École des hautes études en sciences sociales,Saadi Lahlou dessine les contours d’une psychologie sociale du comportement alimentaire.
Quelles sont les grandes évolutions des modes alimentaires des Français durant ces dernières années ?
Saadi Lahlou : La principale évolution concerne la préparation des aliments.En effet,les consommateurs sont passés des
produits bruts qu’ils cuisinaient eux-mêmes à des articles déjà transformés par l’industrie alimentaire (conserves, surgelés,frais cuisinés…).Cette tendance ne cessede croître. Parallèlement,fabricants et distributeurs intègrent dans les produits de plus en plus de transformations et de services et vendent au consommateur ce qu’ils réalisent à sa place.On note aussi un raccourcissement du temps passé à table et une certaine
déstructuration de l’alimentation. Les convives ne mangent plus forcément tous ensemble le même repas.Au niveau de l’approvisionnement,la croissance des grandes surfaces au détriment des magasins spécialisés amène des comportements différents,avec du stockage plus raisonné.Enfin, l’aspect imaginaire de l’aliment(image, représentation)prend de plus en plus d’importance chez des consommateurs qui perdent la connaissance du produit brut et n’ont jamais vidé un poisson ou vu traire une vache.
Le
secteur alimentaire a beaucoup fait parler de lui dans les médias ces
dernières années: vache folle, listera, dioxine… Qu’en pensez-vous ?
La qualité des aliments n’a jamais été aussi bonne !Les répercussions
médiatiques amplifient largement les crises. La presse joue sur les angoisses
du consommateur et sa croyance au “principe d’incorporation”.Les gens
croient intégrer systématiquement les bons et mauvais aspects de ce qu’ils
mangent.Cette croyance a toujours existé et n’est pas près de disparaître.
Elle est dans notre psychisme, quelle que soit la catégorie socio-professionnelle,l’âge,
le lieu d’habitation… Il reste que la sécurité alimentaire est devenue
un enjeu très fort, dont il faut désormais tenir compte.
Ces crises ont-elles
eu des conséquences importantes dans le secteur de la distribution ?
Elles ont, bien sûr, fait immédiatement chuter les ventes sur les produits
concernés. Mais, assez rapidement, les Français reprennent leurs habitudes.Cependant,
les aliments incriminés n’ont pas retrouvé tout à fait le même niveau
de consommation.
À
quels critères le consommateur de demain sera-t-il sensible ?
Comme aujourd’hui, à la qualité, la praticité, la disponibilité,la sécurité,
la santé, le goût…et le prix. Mais d’autres critères montent:labels, origine,
aspects sociaux, éthiques et esthétiques…
Sur
quel terrain le secteur de l’agroalimentaire doit-il se battre dans l’avenir
?
Sur la qualité perçue par le consommateur, et pas seulement sur la qualité
technique de fabrication,donc au niveau de la “mise en scène” de l’aliment.On
mange avec sa bouche mais on pense l’alimentation avec sa tête, et c’est
elle qui décide : c’est là que se trouvent les gisements potentiels de
valeur ajoutée.
Propos
recueillis par Véronique Le Hen
www.puf.com
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