"La
grande distribution recherche des spécialistes, et des diplômés à
fort potentiel", explique Marie-Aude Briard, directrice associée du
cabinet de recrutement ABCD+,
qui réalise quelque 250 recrutements par an, du chef de rayon
au directeur d'hypermarché.
Comment évoluent les métiers de la vente ?
Marie-Aude Briard : La qualité et la diversification sont désormais
des composantes-clés. La première implique
une plus forte spécialisation "produit". Les jeunes recrues démarrent
adjoints chefs de rayon, justement pour acquérir cette connaissance
approfondie de leur rayon.
Il leur est difficile d'avoir ensuite accès à une autre famille de
produits. Sauf pour les forts potentiels appelés à des postes de direction
qui ont besoin d'avoir une vision transversale
du point de vente !
La diversification est une autre composante, liée à la création d'espaces
dédiés : bijouterie, librairie, musique, parapharmacie, articles de
sport… Pour ces boutiques, les enseignes souhaitent des profils très
particuliers, presque atypiques. Les ingénieurs, les littéraires…
ont désormais des places à prendre sur ce secteur. À condition qu'ils
soient aussi vendeurs, gestionnaires, et bons managers ! D'une manière
générale, le niveau de diplôme requis s'élève.
Les jeunes diplômés issus d'écoles de commerce
vont-ils aujourd'hui spontanément vers la distribution ?
On sent une évolution… La distribution change d'image. C'est aussi
aujourd'hui un des rares secteurs capable d'offrir des évolutions
de carrières et de salaires très rapides.
Un candidat motivé peut être embauché comme adjoint chef de rayon
à 24 ans et propulsé directeur d'hypermarché à trente ans… Il faut
savoir que les enseignes font des efforts considérables pour attirer
et fidéliser ces diplômés :
le contenu des postes de chefs de rayon s'est considérablement enrichi,
les salaires ont augmenté et les conditions de travail (jours de repos,
congés…) ont été améliorées pour mieux préserver la vie privée de
chacun.
Que recherchent les enseignes ?
Des vendeurs qui soient aussi d'excellents gestionnaires. Aujourd'hui,
il faut savoir augmenter le chiffre d'affaires, gérer des stocks en
flux tendus, avoir des dispositions pour le management (motivation
des équipes, gestion du planning
du personnel…) et être un homme ou une femme de communication. Un
point de vente, c'est une entreprise
à part entière.
Existe-t-il des rayons qui n'attirent pas les candidats ?
Les produits frais posent problème, on a du mal à trouver des candidats
prêts à être dans leur rayon dès cinq heures du matin. Du coup, il
y a une surenchère des enseignes. On voit des chefs poissonniers payés
sur 19 mois avec des salaires de 15 à 20 000 francs. On manque
également de candidats sur les produits technologiques, - ordinateurs,
imprimantes, téléphonie mobile… -, encore "jeunes" en grandes surfaces
généralistes.
Propos recueillis par Florence Elman
|