
Quelles sont les pratiques
des usagers des centres commerciaux ? Une complémentarité entre
le centre-ville et la périphérie s'installe
Lucie Tortel,
psychologue au Certu (Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme
et les constructions pu-bliques), a participé à la réalisation d'un ouvrage collectif
: Nouvelles Centralités, nouvelles pratiques. Les pratiques sociales dans les
centres commerciaux de périphérie : pôles commerciaux ou pôles d'intégration.
Quel est le lien entre le ministère de l'Équipement et les centres commerciaux
? Lucie Tortel : Le département Urbanisme du Certu, service technique
central du ministère de l'Équipement, contribue à la progression des savoirs
dans tous les domaines liés aux questions urbaines. Les centres commerciaux
en font partie en tant que nouveaux lieux de centralité. Votre livre
est basé sur des enquêtes… Oui. Nous avons réalisé des
enquêtes auprès d'usagers sur plusieurs sites commerciaux, de la périphérie
nantaise, aixoise et francilienne. Qu'en ressort-il ? Ces
études mettent en évidence que les centres commerciaux de périphérie sont beaucoup
plus que des simples lieux commerciaux et qu'un véritable multiusage des sites
se dégage des pratiques. Quelles sont ces différentes pratiques ?
La pratique commerciale se double souvent d'une pratique de curiosité, de balade.
Ensuite, nous notons une pratique de socialisation, qui correspond à un besoin
de contacts sociaux. Enfin, les modes de fréquentation sont aussi à caractère
culturel ou de loisirs. Que faut-il retenir ? Les centres
commerciaux ne sont plus réservés à la seule activité commerciale.
Les gens s'y promènent, regardent les boutiques ou les rayons, vont au
guichet SNCF, s'arrêtent sur un banc pour lire le journal, se rendent chez le
coiffeur ou à la pharmacie… Des pratiques comparables à celles du centre -ville,
mais dans un contexte plus éphémère lié aux attentes de notre société de consommation,
de l'immédiateté. Le centre-ville sera-t-il délaissé ?
Non. Malgré les atouts majeurs des zones commerciales de périphérie,
le centre-ville reste la principale référence dans la représentation des
usagers. Il a perdu son côté luxueux et s'est spécialisé dans l'équipement
de la personne, les loisirs, la culture, les services et la restauration. Il existe
ainsi une réelle complémentarité : le centre-ville étant plutôt réservé
à l'exceptionnel, et les centres commerciaux gérant le quotidien.
Et demain ? Les centres commerciaux de périphérie ont de beaux jours devant
eux. Mais ils vont devoir diversifier leur offre de services : moins de consommation
"au quotidien" au profit de plus de consommation pour les loisirs, le
bricolage et les services… Tous ces loisirs qui vont occuper le temps libéré
par la modification des rythmes de travail.
Propos
recueillis par Véronique Le Hen.
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