Depuis
douze ans, l'Observateur
Cetelem analyse les changements de notre société.
A l'écoute des consommateurs et des marchands, il contribue
à une meilleure compréhension du monde du commerce.
Le point sur douze ans d'observations avec Catherine Sainz, directeur
des Études au Cetelem.
Dans quel contexte est né l'Observateur Cetelem ?
Catherine Sainz : L'Observateur Cetelem est né en 1989
dans un contexte de changement de la société omniprésent,
multiforme et de plus en plus rapide.
Déjà à cette époque Cetelem était
convaincu que les entreprises commerciales ne pouvaient continuer
d'exister qu'à condition de prendre en compte ces évolutions
et plus particulièrement celles concernant le commerce et la
consommation. Bénéficiant, par son activité,
d'une situation privilégiée au carrefour de l'offre
et de la demande, Cetelem a souhaité partager avec ses partenaires
du commerce les enseignements qu'il tirait de ses observations.
C'est ainsi que, très légitimement, Cetelem a lancé
l'Observateur en complément d'une offre plus large de services
mis à la disposition des enseignes : études, stages
de formation, Dynamique commerciale, voyages d'études
Pouvez-vous revenir sur ces "changements" et sur le
rôle de l'Observateur Cetelem ?
Les années 1990-1991 ont été des années
de rupture marquées, entre autres, par une perte de repères
idéologiques, politiques, et économiques.
Chute du mur de Berlin, effondrement du bloc soviétique, crise
économique aux États-Unis, guerre au Moyen-Orient, montée
du chômage, manifestations des corporatismes et déconsidération
des hommes politiques en France
Autant d'événements
qui ont affecté l'ensemble de notre société,
qui ont généré incertitudes, inquiétude,
méfiance et qui se sont répercutés jusque dans
les comportements de consommation.
L'Observateur Cetelem a rendu immédiatement accessible ces
analyses au monde du commerce. En cela, il a été très novateur.
Comment a évolué le consommateur lors de ces douze
dernières années ?
Dans la première moitié des années quatre-vingt-dix,
dans un contexte de crise, d'inquiétude et d'incertitude, les
consommateurs ont développé des comportements défensifs
qui se sont traduits par une certaine méfiance à l'égard
de la consommation, une expertise accrue et surtout un attachement
majeur au prix.
Aujourd'hui, lassé des restrictions et, depuis 1998, dans un
contexte de reprise, le consommateur aspire à consommer de
manière plus qualitative. D'autres motivations complètent,
voire l'emportent sur celle du prix : la qualité, la sécurité,
la convivialité, le plaisir, etc.
Le consommateur a vraiment intégré toutes les composantes
de la consommation ; il les revendique, et semble passer de l'une
à l'autre sans jamais les opposer, et sait les articuler en
fonction de ses besoins et de ses envies.
D'une part, véritable stratège, il développe
des conduites d'achat dominées par une grande maîtrise
: il compare, réfléchit, arbitre, organise
D'autre part, il revendique le droit au plaisir et, par extension,
la reconquête du plaisir de consommer.
Et les marchands
?
Dans un premier temps, face à la crise et aux arbitrages budgétaires
des consommateurs, de nombreux commerçants ont opté
pour la réduction des coûts, la guerre des prix et le
simplisme des propositions commerciales.
Par la suite, nombreux sont ceux qui ont progressivement compris qu'ils
devaient "traiter" un consommateur "nouveau",
privilégier l'écoute du client, la réponse au
besoin de sens, la recherche du vrai bénéfice d'usage,
la différence, bref la valeur ajoutée !
L'arrivée de nouvelles enseignes et de nouveaux concepts a
alors modifié le paysage commercial.
Comment a évolué le crédit à la consommation
ces dernières années ?
Emprunter est devenu un acte courant, intégré dans les
modes de vie et de consommation. Il est perçu comme un outil
moderne et indispensable dans la société actuelle.
Parallèlement, en rendant possibles la réalisation des
projets, la satisfaction des besoins et aussi des désirs et
l'anticipation du bien-être individuel, le crédit à
la consommation contribue de fait à la réalisation de
soi.
Pour autant, les attentes à son égard sont fortes et
s'inscrivent dans un besoin de sécurité omniprésent
chez les individus.
Peut-on considérer que l'on est sorti de la crise ?
C'est le thème de la dernière édition de l'Observateur
Économiquement, tout indique que l'on est bien sorti de la
crise. Mais, bien que les signes d'amélioration soient manifestes,
beaucoup de Français adoptent une attitude de distanciation
face à la réalité d'une reprise qu'ils ne constatent
pas vraiment dans leur quotidien.
Cependant, les propos des consommateurs et des marchands font clairement
percevoir l'inscription de la reprise dans les faits et notamment
son rejaillissement sur la consommation.
L'Internet a-t-il joué un rôle moteur dans la reprise
de la consommation ?
Il est beaucoup trop tôt pour faire un bilan
mais une
chose est sûre : Internet a et aura une influence réelle
sur les comportements et les attentes des consommateurs et sur les
espaces de vente traditionnels. Les consommateurs voudront y retrouver
les atouts du commerce en ligne : la possibilité de comparaison,
les simulations, la pédagogie et la commodité.
Propos recueillis par Stéphane Guichard.
|