Dossier : Être tendance ou ne pas être !  
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L'homme "moderne" revendique aujourd'hui le droit au shopping, l'accès aux cosmétiques ou à la légèreté des magazines "du type féminin"… Une tendance commerciale récente mais bien réelle qui a révolutionné les enseignes, leurs offres ainsi que leurs mises en scène.

Les nouvelles frontières du marché masculin
L'apparition en kiosque, ces derniers mois, de magazines tels que Maximal, FHM, Men's Health… confirme cette tendance. Les éditeurs comblent enfin un vide et brisent l'interdit de la "légèreté" en abordant des sujets jusqu'ici réservés aux femmes, de l'alimentation à la mode, en passant par les recettes pour séduire et mincir…
Révélatrice des tendances, cette presse naissante prouve que la frontière entre les centres d'intérêt des hommes et des femmes tend à disparaître… et surtout que l'homme décomplexé et libéré semble prêt pour des produits nouveaux et un marketing différent. Du coup les clichés en prennent un coup.
Alors que Madame prend des cours de bricolage chez Castorama, Monsieur flâne dans les rayons de Balthazar, rayon hommes du Bon Marché (première enseigne en France à avoir réellement pris la mesure de ce nouveau phénomène).
Il peut désormais choisir de se faire chouchouter chez Nickel. A moins qu'il ne préfère l'atelier-beauté de l'enseigne Madélios qui pratique des massages "réflexologie plantaire". Un soin qui s'achèvera à l'Herb Bar, entre copains, devant une boisson bio à base de germe de blé, censée régénérer les cellules.

Priorité au gain de temps et aux services
Légaliser le shopping au masculin. Telle est désormais la devise des grands magasins et de quelques enseignes qui misent vraiment sur le masculin. Reste à adapter l'offre pour séduire ce consommateur mal identifié. Cependant, quelques constats s'imposent : les hommes n'aiment pas perdre leur temps, ont horreur de réserver (coiffeur, soins…) et sont sensibles aux services qui entourent les produits.
Voituriers chez Carita et Dessange International, "taxi prioritaire" et "livraison à domicile" chez Madélios, remise en état gratuite des costumes durant deux ans chez Ermenegildo Zegna, massages sans réservation chez Biguine International… Dockers Store va jusqu'à la réalisation d'une carte anthropométrique permettant d'archiver la taille du client ! Tous les moyens sont bons pour fidéliser ces nouveaux clients en or.

Les cosmétiques hésitent, la mode décolle
Seule hésitation : les cosmétiques. En dépit des frémissements, les cosmétiques pour hommes accompagnent essentiellement le rasage. Un marché de 800 millions de francs pour les grandes surfaces, auxquels il faut ajouter 360 millions de francs pour les eaux de toilette.
Pour instaurer de nouvelles habitudes, les marques déclinent une offre de plus en plus segmentée en fonction des types de peau. Des classiques qu'elles complètent par des gommages, antirides, masques et autres patchs… Mais ces soins doivent agir vite, car les hommes passent 23 minutes par jour dans leur salle de bains !
La jeune marque Nickel (spécialiste des soins pour l'homme, possédant ses propres salons, un espace soin au Printemps de l'Homme…) ose donner un ton "tendance" aux cosmétiques
masculins avec des produits aux noms évocateurs : Bonne gueule, Attention les yeux, Lendemain de fête…
Côté mode, des frémissements également. Le complet veston perd du terrain au profit du "dress down", chic sans cravate lancé par les acteurs de la nouvelle économie.
Du coup, les univers "hommes" des grands magasins rajeunissent et diversifient leurs gammes. "Le budget mode de ces messieurs pourrait rapidement passer de 3 000 à 4 500 francs par an", prédisent les professionnels.
Messieurs, à vos emplettes !

Florence Elman

Petit lexique
6 mots pour
être tendance
Fashion : littéralement traduit par "mode", ce terme anglo-saxon est employé pour exprimer ce qui est à la mode et ce qui, à travers vêtements et objets, la reflète à un moment donné.
Trendy : de l'anglais trend : "tendance". S'emploie pour désigner un courant et, au-delà,
une façon d'être dans l'air du temps.
Hype : anglo-saxon (encore !). Ce diminutif d'"hyper" est employé pour définir le lancement d'un produit à grand renfort de publicité. Plus généralement, il désigne la musique, la photo, le graphisme, la mode… les plus en pointe.
Attention, on est "hype" quinze jours, après il faut se renouveler !
Feng Shui : art d'Extrême-Orient pratiqué depuis des millénaires, basé sur l'interaction de l'environnement (maison, couleurs, jardin, etc.) sur le bien-être et la santé personnels. Il vise à rétablir un équilibre en harmonisant "l'énergie universelle" dans le cadre de vie.
Yourting : du russe "jorta" (yourte). Tente ronde en feutre utilisée par les nomades
dans les steppes d'Asie centrale. Le yourting traduit le retour des valeurs centrées autour du foyer (repas conviviaux, réunions amicales, familiales…) dans un environnement chaleureux (tapis, feu de bois…). "Yourte sweet yourte" en quelque sorte !
Bobos : contraction de "bohémiens" et de "bourgeois", les bobos sont le résultat de deux courants : les quinquagénaires qui, après avoir connu (et parfois fait !) Mai 68, ont réussi socialement et, la webgénération qui s'est enrichie à toute vitesse grâce à Internet.
Bien que socialement aisées, ces deux catégories refusent les codes de la bourgeoisie et entretiennent une "liberté" bohémienne : ils s'habillent chic mais sans cravate, achètent des objets de créateurs, sont adeptes du "yourting" ou du "Feng Shui"… Mais ne sont déjà plus "hype" !


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