 Équipement, formation des personnels, préparation
des clients... Le point sur les derniers réglages quatre mois avant l'échéance.
"Techniquement, le commerce est déjà quasiment prêt pour le passage à l'euro, avance Baudouin Monnoyeur, président du Conseil du commerce de France (*). Maintenant, reste à savoir comment les consommateurs vont réagir...
La grande distribution
et le commerce indépendant sont-ils égaux face à l'euro ? Baudouin Monnoyeur :
Les grands groupes, structurés et organisés, ont pris de l'avance...
Ils se sont donnés concurrence oblige , les moyens
financiers et humains de réussir le passage à l'euro. L'état
des lieux est satisfaisant : les systèmes sont en place, 600 000 terminaux
ont été modifiés, et des formations sont en cours
Le commerce de proximité connaît plus de difficultés :
le boucher, le droguiste de quartier, le commerçant ambulant... se sentent
un peu seuls face à la nouvelle monnaie. Double affichage, modification
des prix, arrondis, retrait des francs, familiarisation avec les billets et les
pièces en euros... impliquent une surcharge de travail et un vrai changement
de culture. Je crains que le jour "J" les consommateurs aillent vers
les grandes enseignes jugées plus "rassurantes". Auprès
de quelles instances le commerce peut-il s'informer ? Les banques,
les fédérations du commerce, les chambres de commerce et d'industrie
sont les meilleurs interlocuteurs. Le Conseil du commerce de France a ainsi
conçu, pour ses adhérents, un guide pratique, avec des recommandations
et un planning, destiné à faciliter le passage à l'euro.
Cet été, par exemple, les points de vente doivent travailler sur
l'analyse des prix, le double affichage, la politique promotionnelle et la
formation du personnel s'ils veulent être au rendez-vous. Le
commerce et la distribution ont-ils bénéficié d'aides spécifiques ?
Un décret récent permet l'amortissement accéléré
des matériels qui intègrent l'euro. C'est la seule aide dont bénéficie
le commerce ! En réalité, le passage à l'euro est
l'occasion pour beaucoup de points de vente de changer des caisses qui sont déjà
amorties. Pourtant, le passage à l'euro est censé coûter cher...
Le véritable coût de l'euro, c'est le choc du changement de monnaie qui peut entraîner
une période de déconsommation, une désaffection pour les produits nouveaux, des
comportements irrationnels que l'on pourra mesurer en janvier prochain.
Comment maintenir la confiance des consommateurs en matière de prix,
sans intervention de l'État ? Un certain nombre de distributeurs,
producteurs, organismes paritaires liés au commerce se sont pris en main
et ont signé "un pacte de stabilisation des prix" pour la période
du 1er novembre 2001 au 31 mars 2002. C'est un accord
de bonne pratique qui repose sur la bonne foi, la transparence et la neutralité.
L'idée est de ne pas perturber le consommateur, ce pacte permet de lui
garantir que les prix en euros du début 2002 sont bien les mêmes
que ceux en francs de la fin 2001. *Le
Conseil du commerce de France (CCF) regroupe quelque 120 fédérations du commerce.
À la fois lieu d'information et relais d'opinion, il s'implique dans les thématiques
intéressant ce secteur d'activité : l'euro, la sécurité, les 35 heures...
Le CCF fait partie du Conseil national de l'euro. Propos
recueillis par Florence Elman | |
| Les
chiffres Des
consommateurs "euro-réticents" |
La grande majorité (76 %)
des Français se sent bien informée sur le passage à l'euro,
même si 57 % d'entre eux craignent de confondre les pièces et
les billets qui seront mis en circulation. Pourtant, à moins de quatre
mois du basculement, l'euro est encore loin d'être la monnaie de "référence"
des Français : 86 % déclarent ne connaître aucun
prix de produits en euros, 68 % avouent avoir du mal à les retenir,
et 48 % affirment ne regarder que les prix en francs ! Ainsi, pour 69 %
des Français, il sera temps de s'y mettre le jour "J". Un
bilan d'autant plus décevant que la grande distribution et 64 % des
commerçants indépendants acceptent depuis plusieurs mois les paiements
en euros. En mai dernier, les paiements bancaires en euros n'ont en effet représenté
que 11 % (soit 2,3 millions de chèques) du total des paiements réalisés.
Espérons que la généralisation de l'euro majeur en grande
distribution, dès septembre, et le démarrage de la campagne "Euros
Bienvenus" rendront la monnaie unique plus attrayante aux yeux des Français
(Source : Baromètre CSA/Opinion/Ministère
de l'économie) | |
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