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Face aux réalités économiques, notre époque suscite désirs d'enfance et nouveaux modes de consommation.
 
Trottinettes, rollers, bonbons ne sont plus l'apanage des petits. Au-delà du phénomène des adulescents - les ados attardés qui ne savent plus quitter l'enfance - Robert Ebguy, sociologue et directeur de recherches au centre de communication avancée, analyse une tendance comportementale durable dans son ouvrage "La France en culottes courtes. Pièges et délices de la société de consolation."

Quelle est l'origine de cette tendance à la régression ?
La société actuelle est devenue très dure. Avant, il y avait un projet de société, des idéaux. Aujourd'hui, il n'y a plus de règles. On nous laisse entendre qu'il n'y aurait plus de choix possibles, que le monde est gouverné par la finance. On perd prise sur le réel et cela engendre une frustration que l'on cherche à oublier - à consoler - dans la régression.

De quelle manière ?
Régresser permet une plongée émotionnelle dans ce que j'appelle "l'aire transitionnelle" qui nous accompagne tout au long de la vie. Il peut s'agir du doudou de l'enfant, d'un comportement infantile ou encore d'une musique liés à la douceur de l'enfance. Ce phénomène ne touche pas une classe d'âge en particulier. C'est un comportement diffus qui concerne davantage les catégories sociales les plus privilégiées.

S'agit-il d'une mode venue d'ailleurs ?
Aux Etats-Unis, le comportement ré-gressif est un phénomène structurel. Là-bas, la jeunesse a toujours été investie de toutes les qualités. Donc, tout le monde veut lui ressembler.
Ici, le phénomène est plus récent. L'âge adulte a perdu de son attractivité. Fonder une famille, vieillir n'est plus valorisant. Nous sommes dans un système marchand dans lequel l'apparence compte plus que tout.

La régression a-t-elle entraîné de nouveaux modes de consommation ?
Il y a des objets symptomatiques de ce comportement. Ils ne sont pas le fruit de stratégies marketing mais ont été détournés par les consommateurs (tee-shirts Petits Bateaux, sucettes, trottinettes…). Les objets, pour séduire, doivent se laisser détourner, approprier par les utilisateurs.

Comment définir un objet régressif ?
Il doit être chargé d'émotion, ludique et facile d'utilisation. Prenez l'exemple du téléphone mobile, au départ outil fonctionnel, il est devenu complètement affectif. Notre société engendre une carence affective, donc tout ce qui reprend les valeurs de douceur, de maternité fonctionne bien.

Propos recueillis par Sandra Mignot