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Le mariage des styles vestimentaires, une
tendance qui ne laisse pas les distributeurs
du milieu de la mode indifférents !

Faut-il considérer la jeunesse des banlieues comme un relais de croissance ou comme une menace ? Les marques, issues du mouvement hip-hop, peuvent-elles concurrencer le prêt-à-porter haut de gamme ?… Fabien Kay, directeur d’Études chez Eurostaf et auteur de L’impact du phénomène banlieue sur les marques de prêt-à-porter, répond.

Quelle définition donnez-vous des jeunes de banlieue ?
Fabien Kay : Ce que le langage commun désigne par cités, banlieues, ou encore quartiers difficiles, répond à la définition officielle de zones urbaines sensibles (ZUS)*. Elles représentent près de 5 millions d’habitants dont plus de 1,7 million de jeunes de moins de 25 ans. Un important vivier de consommateurs qui consacrent un budget considérable aux dépenses d’habillement !

Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Pour ces jeunes, “les fringues” répondent à un besoin d’appartenance à un groupe et à une culture, le hip-hop. C’est aussi un moyen de se distinguer, de signifier sa valeur, d’affirmer son individualité et sa personnalité. Le vêtement marque une volonté d’expression de soi et un signe de richesse. Par conséquent, la recherche de logos, le goût prononcé pour les couleurs vives et “le style” sont primordiaux.
Dans ce contexte, toutes les marques de prêt-à-porter haut de gamme sont prisées et donc susceptibles d’être récupérées. Aucune n’échappe au phénomène.

Comment les marques réagissent-elles ?
L’apparition d’un nouveau type de client n’est pas sans influence : banalisation de la marque, dépréciation de l’image de marque réelle ou fantasmée, et embarras de la cible traditionnelle.
Certaines, comme Eden Park, pour préserver leur sélectivité, se sont lancées dans une stratégie de containment en jouant sur le prix, l’offre, la communication et la distribution. D’autres, plus pragmatiques, comme Timberland ou Lacoste, ont su tirer parti de ce phénomène pour développer leur activité et dynamiser leur image en se rapprochant ainsi des jeunes actifs urbains, un segment stratégique.

Parce que la culture hip-hop dépasse le cadre de la banlieue ?
En effet, si l’image d’Épinal des “sauvageons” peut faire peur, il n’en reste pas moins que ces jeunes véhiculent une image urbaine, créative, dynamique et métissée. Leurs codes vestimentaires sont repris par une majorité de jeunes actifs et par de grandes marques. De nouvelles marques, issues de la culture hip-hop, comme Dia, Com8, sont aujourd’hui susceptibles de concurrencer les marques traditionnelles.

Propos recueillis par Hugo Styx

*Selon l’INSEE, territoires infra-urbains, définis par les pouvoirs publics pour être des cibles prioritaires des politiques de la ville.

Les chiffres
Les jeunes, gros consommateurs
"de fringes"
  La banlieue
compte 5 millions de personnes, dont plus de 1,7 million de jeunes de moins de 25 ans.
La plupart vivent chez leurs parents, qui subviennent à leurs besoins primaires. Ils consacrent, ainsi, la majeure partie de leur budget aux dépenses de loisirs et d’habillement.

  Une étude qualitative effectuée par Eurostaf permet d’évaluer à 200 euros par mois, le budget moyen des jeunes de banlieue en matière d’habillement. Des résultats à considérer avec précaution : aucune autre étude ne permet de recouper ces déclarations.
Sources : INSEE et Eurostaf.
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